Georges Perec

 

Saturations

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« L'écriture me protège. J'avance sous le rempart de mes mots, de mes phrases, de mes paragraphes habilement enchaînés, de mes chapitres astucieusement programmés. Je ne manque pas d'ingéniosité.

Ai-je encore besoin d'être protégé ? Et si le bouclier devient un carcan ?

Il faudra bien, un jour, que je commence à me servir des mots pour démasquer le réel, pour démasquer ma réalité. »

(les gnocchis de l'automne, ou réponse à quelques questions me concernant)

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LA DISPARITION
(summary)

Anton Voyl n'arrivant plus à dormir, poursuivi par la vision d'un motif inconnu sur son tapis, rumina moult solutions, pour finir par l'ablation du sinus.

Il aurait fallu plus, car il voyait sa fin pas trop loin. Il aurait voulu, auparavant, savoir si l'Omission qu'il soupçonnait (rapport au cinq), virait ou non à l'hallucination.

Il nota dans son journal faits, soupçons, divagations, jusqu'à un synopsis d'un roman où Aignan, un garçon ayant vaincu un sphinx, grandissait pour finir baisant sa maman, puis pourrissait sur un îlot, par mortification pour son forfait.

Soudain Anton Voyl disparut, laissant un mot confus.

Son copain Amaury Conson convainquit un flic, Ottaviani, ainsi qu'Hassan, avocat, Olga, la nana d'Anton, qu'il n'y avait pas là du tout cuit.

Ils n'ont aucun tuyau, vont aux infos, mais voilà qu'un inconnu a occis Hassan dans sa maison, braquant un carton parmi vingt-six du stock archival d'Anton (où il y avait, aussi, un "Moby Dick" original, transcrit au bic).

Plus tard, on constata qu'Hassan, tout mort qu'il fut, avait lui aussi disparu ; mais "motus" fit la Maison Poulaga.

Amaury Conson (qui n'avait plus qu'un sur six fils), plus Arthur Savorgnan (qui avait connu lui aussi Anton), prit un train pour Azincourt où Olga vivait dans la maison Clifford. Douglas Haig, son mari trois jours, y avait grandi, puis mourut un soir où, baryton, il chantait à la Scala.

Amaury, Arthur, Olga, Augustus (papa d'Haig), la Squaw (qui nourrissait toujours Jonas, carpillon du bassin d'Azincourt), à l'unisson font un tour d'informations, soupçons, intuitions, partant d'obscurs madrigaux, romans ou haikaï soumis par Anton, qui ont un point commun : l'apparition ou la disparition du "Blanc". Cogitations, cogitations : sortit un horizon toujours aussi lointain.

Au matin, Augustus, parcourant du doigt l'haikaï intriguant, tomba mort, poussant un cri affolant, rapport à un Zahir.

La Squaw raconta qu'on trouva au nombril d'Haig poupon un bijou figurant un rond pas tout à fait clos finissant par un trait plutôt droit : son Zahir. Augustus l'arracha, conçut pour lui adoration, jusqu'au jour fatal où, au sortir d'un bain, il constata sa disparition. On sut plus tard qu'Haig, ayant appris son statut bâtard (Anton fut son frangin), l'avait ravi, sans savoir qu'ainsi il durcissait la damnation.

On apprit, toujours par la Squaw, qu'Olga naquit d'Anastasia, star aimant Albin, un bandit albanais qui avait maudit Albion ; qu'Anton avait compris un graffiti apparu sur un billard, proclamant la Loi d'airain qui frappait sans distinction.

Quant au Zahir, il fut produit par Jonas, roulant moribond sur son bassin. Alors Olga tomba d'un coup, s'ouvrit l'occiput, mourut, balbutiant : "la Maldiction".

Plus tard dans la nuit Amaury glissant, tomba dans l'a-pic du bassin à mazout. Arthur Savorgnan lui avait transmis l'information sur sa filiation : un papa commun, qui d'un clan rapin appliquait la machination.

Un imbroglio familial qu'ici nous tairons, conduisit à l'assassinat sans fin. Tribulations d'où sortit la fin du roman, la mort pour tous, sauf pour...

 

- 1966 : Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour

 

- 1969 : La Disparition

 

- 1970 : L'Augmentation

 

- 1972 : Les Revenentes

 

couverture de La Disparition

je voudrais saturer le champ de l'écriture

Couverture des Revenentes

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affiche de l'Augmentation

« Saisi par l'inspiration, il composa illico un lai, qui, suivant la tradition du Canticum Canticorum Salomonis, magnifiait l'illuminant corps d'Anastasia :

Ton corps, un grand galion où j'irai au long-cours, un sloop, un brigantin tanguant sous mon roulis,
Ton front, un fort dont j'irai à l'assaut, un bastion, un glacis qui fondra sous l'aquilon du transport qui m'agit,
Ton pavillon auditif, un cardium, un naissain, un circinal volubilis dont j'irai suivant la circonvolution,Ton cil, la vibration d'un clin, la nictation d'un instant,Ton sourcil, l'arc triomphal sous qui j'irai m'abymant au plus profond du puits de ton cristallin noir,
Ton palais, madrigal balbutiant, atoll, corail purpurin pour qui j'irai m'asphyxiant au fond du flot,
Ton cou, donjon lilial, Kasbah du talc, parangon du tribart, carcan pour ma strangulation,
Ton bras, pavois, palan, jalon d'amour, airain poignant, torsion du garrot où s'assouvira ma pulsion,Ta main, animal aux cinq doigts, sampan, skiff, doris, ponton, louvoyant, bourlinguant, drossant au hasard sur nos corps alanguis,
Ton dos, littoral, alluvions, marais salants, lit aplani, vallon bombant, arc s'incurvant sous l'aiguillon du plaisir,
Ta chair, O chair, galuchat blanc du cachalot fatal, chagrin dont la disparition garantira ma mort, cuir où, jusqu'à la fin, j'irai gravant ton nom,
Ton flanc, ru fluvial, maillon vacillant, bord où d'abord j'irai accostant, port initial du brûlot qui m'assouvit,
Ton nombril, kaolin disjoint à jamais, hanap à jamais s'offrant aux libations,
Ton giron, blason d'un armorial inconnu, ombilic obscur, huis dont j'ouvrirai l'ajourant tourillon,
Ton cul, fruit dont j'irai gaulant l'incapsulant noyau, pignon charnu, grapillon côtissant,
Ta toison, Toison d'or pour qui, à l'instar d'un Jason, j'allai, vingt ans durant, bravant l'ouragan, ta toison, divin pubis, sourcils d'amour, rachis, tuyaux, canons, poils, plumial à qui j'offrirai un calmar, marabout, paradis d'un pays conquis,
Ton sillon, ton sillon lotus, ton sillon oubli, où tout disparaît, où tout s'abolit, ton sillon Nirvâna, ton sillon où à jamais mordra ma mort, où j'irai à jamais naissant, à jamais mourant, agonisant d'un trop humain plaisir,
Ton bouton, où tout va mourir, ton bouton, bastion final où j'irai m'annulant, où j'irai m'absorbant, m'abolissant dans un amour toujours à accomplir, dans l'absolu sursaut où nous vivrons un jour, confondus à jamais, dans la passion ou dans l'oubli, dans la nuit où tout disparaît, dans l'infini instant où nous n'aurons qu'un corps ! »

(extrait de La Disparition)

couverture de Quel petit vélo ?

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« Les textes s'appellent les uns les autres. Tous, ils répondent, même quand ils sont jeux ou jongleries, à une histoire qui réfracte la tache d'incandescence et le trou noir de notre Histoire - une des figures de l'« indicible ». Indicible qui échappe à l'écriture, mais que l'écriture a le pouvoir de désigner et de signifier.
Aussi l'« itinéraire tâtonnant » de ses textes balise-t-il des chemins précaires, aléatoires et inachevés. (...)
Ce sont des lieux d'instabilité, d'insoutenable légèreté de la lettre et du sens. »

Claude Burgelin

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tout partit d'un souhait fou

 

« Smart à falzar d'alpaga nacarat, frac à rabats, brassard à la Frans Hals, chapka d'astrakhan à glands à la Cranach, bas blancs, gants blancs, grand crachat d'apparat à strass, raglan afghan à falbalas, Andras Mac Adam, mâchant d'agaçants partagas, ayant à dada l'art d'Allan Ladd, cavala dans la pampa.
Passant par là, pas par hasard, marchant à grand pas, bras ballants, Armand d'Artagnan, crack pas bancal, as à la San A, l'agrafa. »

(extrait de What a man !)

 

 

« Perversement, Perec se recrée en les règles même. Le spleen de créer est vertement éventé. Renversés, pêle-mêle, tête-bêche, les célestes crédences semées de Kleenex, les Werther de western et les sectes celtes, les cervelles stressées des Genette, les herbes séchées des steppes (vers les genêts penchent mes préférences), les esthètes éthérés de week-ends en mer Egée, les Perses empesés et sénescents.
Emmerdement des lettres ? Permettez ! Les textes de Perec le démentent expressément.
»

Jacques Jouet. Les sept règles de Perec

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  • Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour : somme de toutes les figures de rhétorique possibles et imaginables, pour raconter comment un groupe de copains tente d'empécher le départ d'un des leurs comme soldat en Algérie.

  • Les Revenentes : seule la voyelle -e- est autorisée.

 

  • What a man ! : monovocalisme en -a-.

  • La Disparition : lipogramme en -e-, racontant l'histoire d'une lettre volée.

  • L'Augmentation : pièce de théâtre épuisant une à une toutes les possibilités de demander un peu plus de salaire à son Chef de Service.

L'Augmentation

Personnages

1
La proposition

2
L'alternative

3
L'hypothèse positive

4
L'hypothèse négative

5
Le choix

6
La conclusion

La Rougeole

organigramme de l'Augmentation

Organigramme de L'Augmentation

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Accueil

Construction

Ephémère

Errance

Eux

Gnomon

Grilles

Objets

Plumes

Rats

Ruse