Georges Perec

 

ruse

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« Pendant quatre ans, de mai 1971 à juin 1975, j'ai fait une analyse. (...) Là-bas comme ici, il était presque réconfortant de se dire qu'un jour les mots viendraient. Un jour on se mettrait à parler, on se mettrait à écrire. Pendant longtemps, on croit que parler cela voudra dire trouver, découvrir, comprendre, comprendre enfin, être illuminé par la vérité. Mais non : quand cela a lieu, on sait seulement que ça a lieu ; c'est là, on parle, on écrit : parler, c'est seulement parler, simplement parler, écrire, c'est seulement écrire, tracer des lettres sur une feuille blanche.
Est-ce que je savais que c'était cela que j'étais venu chercher ? Cette évidence si longtemps non dite et toujours à dire, cette seule attente, cette seule tension retrouvée dans un bredouillement presque intangible ? »

Extrait des Lieux d'une ruse.

Couverture de Cause Commune : La Ruse.

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« Le moyen fait partie de la vérité, aussi bien que le résultat. Il faut que la recherche de la vérité soit elle-même vraie ; la recherche vraie, c'est la vérité déployée, dont les membres épars se réunissent dans le résultat. »

Karl Marx. Dernière phrase du roman de Perec : Les Choses.

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- 1949 : psychothérapie avec Françoise Dolto. A la même époque, fugue, qui sera relatée dans Les Lieux d'une fugue.

- 1956 : psychanalyse avec Michel de M'Uzan.

- 1971 : psychanalyse avec J-B Pontalis.

- 1972 : parution du premier numéro de la revue Cause Commune, animée par Jean Duvignaud.

- 1973 : La Boutique Obscure : récits de rêves.

- 1977 : Les Lieux d'une ruse

D. Tartakover : la vérité sortira de terre

« Quelle est en somme la problématique majeure des oeuvres de Perec, sinon de cerner le désir, pourrait-on dire de le codifier ? Quoiqu'il en soit, il s'agit bel et bien de savoir, en l'occurence, ce que ce mal du désir représente, ce qu'il peut cacher de volonté, de sagesse, de tendances velléitaires comme dynamiques. Il est en quelque sorte ce qui sous-tend toute la démarche des protagonistes, ce qui tend les espoirs de Perec lui-même, tout aussi bien dans ses tentatives de "cerner" un lieu que de faire main basse sur un espace, comme si le vol par le biais de la nomenclature allait lui donner le monde. »

Hugues Corriveau.

« Accompagné d'un personnage mal identifié (c'est peut-être ma tante) je visite une sorte de comptoir colonial. Tout au fond d'une des salles, nous arrivons devant un gigantesque puzzle posé sur une longue table légèrement inclinée. De loin, on a d'abord l'impression qu'il y a, au centre, un puzzle presque achevé - il représente un tableau de la Renaissance, aux couleurs très brillantes et très vernissées - et, tout autour, d'autres objets. En s'approchant, on s'aperçoit qu'en fait tout est puzzle : le puzzle lui-même (le tableau) n'est qu'un fragment d'un puzzle plus grand, inachevé, parce qu'inachevable ; car la particularité du puzzle est qu'il est composé de volumes (grossièrement, des cubes, plus précisément,, des polyèdres irréguliers) dont toutes les faces peuvent se combiner librement : toutes les faces d'un cube A peuvent se combiner avec toutes les faces d'un cube B, et non seulement deux à deux comme dans les jeux (de cubes) d'enfants. Il y a donc, sinon une infinité, du moins un nombre extrêmement grand de combinaisons possibles. Le tableau n'est que l'une d'entre elles, les fragments qui entourent le tableau sont des esquisses, des ébauches, des propositions d'autres puzzles.
Comme preuve en quelque sorte de cette permutabilité presque illimitée, je détache, sur le bord de l'un des fragments (dont j'ai oublié de dire que, de même que le tableau, ils étaient, non pas carrés ou réguliers comme la plupart des puzzles, mais en quelques sorte "sans bords", sans bordure rectiligne), une pièce que je manipule quelques instants et que je repose au bord d'un autre fragment, où elle s'adapte instantanément.
Nous passons dans une autre salle ; nous y retrouvons ma nièce Sylvia. Il me semble qu'il se produit alors un événement très violent (peut-être cassons-nous quelque chose ?).

Extrait de La Boutique Obscure. Rêve n° 114

« J'ai commencé à écrire mes rêves le jour où j'ai fait le rêve de m'être réveillé mort. Alors, j'ai décidé d'écrire, je ne sais pas très bien pourquoi. J'ai continué pendant plusieurs mois. De temps en temps j'écrivais un rêve. A ce moment-là j'ai commencé une psychanalyse. Au milieu de cette expérience, de la deuxième année de cette analyse, j'apportais tous les jours à mon psychanalyste des rêves, comme on dit, de plus en plus beaux et finalement trop beaux pour être vrais. Je me suis aperçu que mes rêves n'étaient pas du tout ce que j'attendais d'eux. Ce n'était pas un accès à l'inconscient, un accès à ce qui allait vraiment me parler mais des exercices de rhétorique précisément. Je rêvais pour ne pas parler de ce qui était important, l'important étant beaucoup plus bref, beaucoup plus simple à dire que cet espèce de feu d'artifice, ces rêves très beaux qui se présentaient tout écrits avec des titres. »

Entretien avec Ewa Pawlikowska

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citation du Cabinet d'Amateur

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« Une même dialectique de la demande (d'assemblage, d'unité) et de la récusation est sans doute là à l'oeuvre : la meilleure façon de te fuir, lecteur, est de te laisser assembler les éléments ; tandis que tu t'occupes à déterminer mon être, je m'apprête à te ciseler quelque pièce de puzzle incasable ; le résultat est ton ouvrage, bonne raison pour que je m'absente. »

Claude Burgelin. Les Parties de dominos chez M. Lefebvre.

couverture du Magazine Littéraire

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