L'Education Sentimentale

« Je veux faire l'histoire morale
des hommes de ma génération
».

Résumé

Sur le bateau qui le ramène à Nogent, Frédéric Moreau, jeune bachelier, a le coup de foudre pour Madame Arnoux, femme d'un spéculateur qui finira ruiné.
Si elle lui avoue, fort tard, qu'elle partage son amour, elle ne lui cédera jamais. Peut-être le regrette-t-elle lors de leur dernière entrevue, 27 ans plus tard.
Entre temps, Frédéric Moreau, riche d'un héritage qu'il n'espérait plus, aura eu avec Rosanette, une demi-mondaine, une liaison et un enfant qui mourra. Il aura refusé le mariage avec Madame Dambreuse, veuve d'un banquier opportuniste, aura vu son meilleur ami épouser Mademoiselle Roque, qui n'attendait pourtant que lui, et aura assisté de loin à la révolution de 1848 et au coup d'état de Napoléon III

L'écriture de l'Education Sentimentale

« J'aimerais mieux écrire un livre de passion. Mais on ne choisit pas ses sujets ! on les subit. »

A Jules Duplan. 15 avril 1863.

« Je veux faire l'histoire morale des hommes de ma génération ; "sentimentale" serait plus vrai. C'est un livre d'amour, de passion ; mais de passion telle qu'elle peut exister maintenant, c'est-à-dire inactive. Le sujet, tel que je l'ai conçu, est, je crois, profondément vrai, mais, à cause de cela même, peu amusant probablement. Les faits, le drame manquent un peu ; et puis l'action est étendue dans un laps de temps trop considérable. Enfin, j'ai beaucoup de mal et je suis plein d'inquiétudes. »

A Mlle Leroyer de Chantepie. 6 octobre 1864.

« Je crois que mon roman ne m'empoignera jamais ? C'est là surtout ce que je lui reproche ! Les héros inactifs sont si peu intéressants ! »

A Jules Duplan. 24 novembre 1864.

« Au mois de septembre dernier je me suis mis, après beaucoup d'hésitation, à un grand roman qui va me demander des années et dont le sujet ne me plaît guère. J'ai devant moi une montagne à gravir, et je me sens les jarrets fatigués et la poitrine étroite.»

A Mlle Leroyer de Chantepie. 11 mai 1865.

« Je crois, au contraire, que ce sera une oeuvre médiocre, parce que la conception est vicieuse ? Je veux représenter un état psychologique - vrai selon moi - et non encore décrit. Mais le milieu où mes personnages s'agitent est tellement copieux et grouillant qu'ils manquent, à chaque ligne, d'y disparaître. Je suis donc obligé de reculer à un plan secondaire les choses qui sont précisément les plus intéressantes. J'effleure beaucoup de sujets dont on aimerait à voir le fond. Mon but est complexe - mauvaise méthode esthétique, bref, je crois n'avoir jamais rien entrepris de plus difficile. »

A Alfred Maury. 20 août 1866.

« Je sculpte laborieusement mon coco, comme un forçat. »

A George Sand.12 janvier 1867.

« Quel pensum ! et quelle diable d'idée d'avoir été chercher un sujet pareil ! »

A George Sand.23 janvier 1867.

« Le roman ne marche pas du tout. Je suis plongé dans la lecture des journaux de 48. - Il m'a fallu faire (et je n'en ai pas fini) différentes courses à Sèvres, à Creil, etc. »

A George Sand.13 avril 1867.

« Je continue mon sillon et j'espère, à la fin de cette année, avoir fini ma seconde partie ? Le tout ne sera pas fait avant deux ans ! Et puis adieu pour jamais aux Bourgeois ! Rien n'est épuisant comme de creuser la bêtise humaine. »

A George Sand.27 juillet 1867.

« Il est inutile que je vous ennuie de mes jérémiades ; mais je suis terriblement inquiet de ce livre. Sa conception me paraît vicieuse ? »

A George Sand.22 septembre 1867.

« Des caractères aussi mous intéresseront-ils ? On n'arrive à de grands effets qu'avec des choses simples, des passions tranchées. - Mais je ne vois de simplicité nulle part dans le monde moderne. »

A George Sand.30 octobre 1867.

« Toutes les malices d'exécution ne rachèteront pas la difformité constitutionnelle de l'idée première. Cette idée-là est trop complexe et trop vraie pour être plastique. »

A Edma Roger des Genettes. 1867.

« J'ai bien du mal à emboîter mes personnages dans les événements politiques de 48 ! J'ai peur que les fonds ne dévorent les premiers plans. C'est là le défaut du genre historique. Les personnages de l'histoire sont plus intéressants que ceux de la fiction, surtout quand ceux-là ont des passions modérées. »

A Jules Duplan. 14 mars 1868.

« Les patriotes ne me pardonneront pas ce livre, ni les réactionnaires non plus ! Tant pis ; j'écris les choses comme je les sens, c'est-à-dire comme je crois qu'elles existent. »

A George Sand. 5 juillet 1868.

« Je me borne donc à exposer les choses telles qu'elles m'apparaissent, à exprimer ce qui me semble le Vrai. Tant pis pour les conséquences. Riches ou pauvres, vainqueurs ou vaincus, je n'admets rien de tout cela. Je ne veux avoir ni amour, ni haine, ni pitié, ni colère. Quant à la sympathie, c'est différent. Jamais on n'en a assez. Les Réactionnnaires, du reste, seront encore moins ménagés que les autres. Car ils me semblent plus criminels.

A George Sand. 10 août 1868

« Je viens de faire une description de la forêt de Fontainebleau, qui m'a donné envie de me pendre à un de ses arbres. Comme je m'étais interrompu pendant trois semaines, j'ai eu un mal abominable pour me remettre en train. Je suis de l'acabit des chameaux, qu'on ne peut ni arrêter lorsqu'ils marchent, ni faire partir quand ils se reposent. - J'en ai encore pour un an. »

A George Sand. 9 septembre 1868.

« Je viens de relire mon plan. Tout ce que j'ai encore à écrire m'épouvante, ou plutôt m'écoeure à vomir.»

A George Sand. 2 février 1869.

« Cette difficulté de trouver un bon titre me fait croire que l'idée de l'oeuvre (ou plutôt sa conception) n'est pas claire ?

A George Sand. 3 avril 1869.

« FINI ! mon vieux ! - Oui, mon bouquin est fini ! »

A Jules Duplan. 16 mai 1869.

« Je n'ai pas eu la force de relire mon roman, d'autant plus que les observations de Maxime, si juste qu'elles soient, m'irritent. J'ai peur de les accepter toutes, ou d'envoyer tout promener. »

A Jules Duplan. 29 juillet 1869.

« Jusqu'à présent l'enthousiasme des populations est modéré (Rochefort à part). Les roses ne m'étouffent pas. On évite même de me parler de mon livre comme si on avait peur de se compromettre. »

A Jules Duplan. 24 novembre 1869.

« Pourquoi ce livre-là n'a-t-il pas eu le succès que j'en attendais ? Robin en a peut-être découvert la raison. C'est trop vrai et, esthétiquement parlant, il y manque : la fausseté de la perspective. A force d'avoir bien combiné le plan, le plan disparaît. Toute oeuvre d'art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide, ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule. Or rien de tout cela dans la vie. Mais l'Art n'est pas la Nature ! N'importe ! je crois que personne n'a poussé la probité plus loin. Quant à la conclusion, je vous avoue que j'ai gardé sur le coeur toutes les bêtises qu'elle a fait dire. »

A Edma Roger des Gennettes. 1ère quinzaine d'octobre 1879.

Extrait : la première rencontre avec Madame Arnoux

Extrait : la dernière rencontre avec Madame Arnoux

Une critique de L'Education sentimentale par George Sand

Un article de Zola sur l'Education sentimentale

Une "mise en pièces" de l'Education sentimentale par Barbey d'Aurevilly

L'Education sentimentale vue par Henry James

Texte intégral en ligne (à l'A.B.U.)

Edition hypertexte du dossier manuscrit du chapitre I, partie III (Université de Hull)

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