La tentation de St Antoine

« le sous-titre pourrait être
" le comble de l'insanité " »

Version de 1874

« J'ai trop travaillé depuis six mois et j'ai besoin d'un long repos. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir repris les notes de Saint Antoine et d'y rêvasser tout doucement. »

A sa nièce Caroline. 9 juin 1869.

 

« J'ai repris ma vieille toquade de Saint Antoine. J'ai relu mes notes, je refais un nouveau plan, et je dévore les Mémoires ecclésiastiques de Le Nain de Tillemont. J'espère parvenir à trouver un lien logique (et partant un intérêt dramatique) entre les différentes hallucinations du Saint. Ce milieu extravagant me plaît. Et je m'y plonge. »

A George Sand. 24 juin 1869.

 

« Après quoi je me mettrai au Saint Antoine, qui sera interrompu au mois d'octobre par les répétitions d'Aïssé. Elles me prendront bien deux mois. Ainsi, jusqu'au Jour de l'An prochain, je n'ai guère que six semaines à consacrer au brave ermite. Je voudrais bien n'être pas plus de deux ans sur ce bonhomme. »

A George Sand. 30 avril 1870.

 

« Je continue à travailler, cependant, j'ai résolu de me mettre à mon Saint Antoine, demain ou après-demain. Mais pour commencer un ouvrage de longue haleine, il faut avoir une certaine allégresse qui me manque. J'espère cependant que ce travail extravagant va m'empoigner ? »

A George Sand. 2 juillet 1870.

 

« Je vais tâcher de me remettre à mon Saint Antoine, afin d'oublier mes contemporains. Quant à publier ce livre, dont le sous-titre pourrait être « le comble de l'insanité », je n'y songe nullement, Dieu merci... Il faut, plus que jamais, songer à faire de l'Art pour soi, pour soi seul. Fermons notre porte et ne voyons personne. »

A Marie Régnier. 11 juin 1871.

 

« Saint Antoine est complètement mis de côté ! »

A Edma Roger des Genettes. 9 décembre 1871.

 

« Au milieu de mes chagrins, j'achève mon Saint Antoine. C'est l'oeuvre de toute ma vie, puisque la première idée m'en est venue en 1845, à Gênes, devant un tableau de Breughel et depuis ce temps-là je n'ai cessé d'y songer et de faire des lectures afférentes. »

A Mlle Leroyer de Chantepie. 5 juin 1872.

 

« Ce matin, on a fini de copier Saint Antoine. La tête des copistes était inimaginable d'ahurissement et de fatigue. Ils m'ont déclaré qu'ils en étaient malades et « que c'était trop fort pour eux ».

A sa nièce Caroline. 14 septembre 1872.

 

« J'ai, hier, signé le dernier bon à tirer de Saint Antoine. Mais le susdit bouquin ne paraîtra pas avant le 1er avril (comme poisson ?) à cause des traductions. C'est fini, je n'y pense plus ! Saint Antoine est réduit, pour moi, à l'état de souvenir ! Cependant je ne vous cache point que j'ai eu un quart d'heure de grande tristesse lorsque j'ai contemplé la première épreuve. Il en coûte de se séparer d'un vieux compagnon ! »

A George Sand. 7 février 1874.

 

« La censure russe a formellement interdit Saint Antoine. Ni la traduction, ni l'édition française ne pourront paraître sur la terre des Scythes ! pour cause de religion !!!
C'est une perte de 5 à 6 mille francs au moins.
J'ai beau ne faire toujours que de l'Art, je gêne tous les gouvernements ! »

A Edma Roger des Genettes. 26 février 1874.

 

texte intégral de la version de 1874

 

Article critique par Villiers de l'Isle-Adam (Bibliothèque électronique de Lisieux)

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