La tentation de St Antoine

« J'aurai beau faire, ce sera toujours
plus étrange que beau.».

Version de 1856

« J'ai dans Saint Antoine élagué tout ce qui me semble intempestif. - Travail qui n'était pas mince puisque la première partie, qui avait 160 pages, n'en a plus maintenant (recopiée) que 74. - J'espère être quitte de cette première partie dans une huitaine de jours. - Il y a plus à faire dans la 2e, où j'ai fini par découvrir un lien, piètre, peut-être, mais enfin un lien, un enchaînement possible. Le personnage de saint Antoine va être renflé de deux ou trois monologues qui amèneront fatalement les tentations. - Quant à la 3e, le milieu est à refaire en entier. En somme une vingtaine de pages, ou trentaine de pages, peut-être à écrire. - Je biffe les mouvements (extra)-lyriques. J'efface beaucoup d'inversions et je persécute les tournures, lesquelles vous déroutent de l'idée principale. - Enfin j'espère rendre cela lisible et pas trop embêtant. »

A Louis Bouilhet .1er juin 1856.

 

« Je re-suis dans Saint Antoine , je lime et gratte des phrases avec acharnement. - Et je vais bientôt me mettre à faire du neuf si j'en ai le coeur. Je crois qu'il y a peut-être moyen de rendre cela lisible ; il me semble que j'entrevois, par moments, un plan fort net, et presque mathématique. Je me trompe sans doute, et en cas que ne ne me trompe pas, l'y verra-t-on ?
En tout cas, je veux amener la chose à un diapason de style le plus congru possible. J'ai bien à faire. Mais franchement c'était piètrement écrit. - Et quant à l'ensemble, je conçois que vous n'y ayez rien compris. Les intentions seules étaient bonnes. J'en ai pour tout l'été. »

A Louis Bouilhet .7 juillet 1856.

 

« Me revoilà à Croisset pour deux mois et dans le re-Saint Antoine. Il commence à m'embêter et j'ai hâte d'en être quitte. J'aurai beau faire, ce sera toujours plus étrange que beau. La pâte du style est molle. Quant à l'ensemble, je masturbe ma pauvre cervelle pour tâcher d'en faire un. Mais... »

A Louis Bouilhet .28 juillet 1856.

 

« Il faut avoir une grande vertu ou un bel entêtement pour poursuivre et parachever une semblable machine, contre laquelle tout le monde se mettra, à commencer par toi, mon vieux. - J'aurais bien besoin de tes conseils pour le moment, car je suis dans de grandes perplexités de plan. »

A Louis Bouilhet .3 août 1856.

 

« Je travaille comme un boëf [sic] à Saint Antoine. La chaleur m'excite. Et il y a longtemps que je n'ai été aussi gaillard. Je passe mes après-midis avec les volets fermés, les rideaux tirés, et sans chemise ; en costume de charpentier. - Je gueule ! je sue ! c'est superbe. Il y a des moments où « décidément, c'est plus que du délire » ! Blague à part, je crois toucher le joint, je finirai par rendre la chose potable, à moins que je n'aie complètement la berlue, ce qui est possible. »

A Louis Bouilhet .11 août 1856.

 

« Quoique tu en die, je crois que tu comprendras quelque chose à Saint-Antoine. - Tu verras au moins mes intentions. Tu m'aideras à boucher les trous du plan, à torcher les phrases merdeuses, et à ressemeler les périodes mollasses, qui baillent par leur milieu, comme une botte décousue. »

A Louis Bouilhet .31 août 1856.

 

« Quant au Saint Antoine, je l'arrête provisoirement et, tandis que je suis à analyser 2 énormes volumes sur les Hérésies, je rêve comment faire pour y mettre des choses plus fortes. Je suis agacé de la déclamation qu'il y a dans ce livre. Je cherche des effets brutaux. Pour ce qui est du plan, je n'y vois plus rien à faire. J'aurais bien besoin de tes conseils, des dramatiques, surtout. »

A Louis Bouilhet .8 septembre 1856.

 

« J'y travaille toujours et je développe le personnage principal de plus en plus. Il est certain que maintenant on voit un plan. Mais bien des choses y manquent. - Quant au style, tu étais bien bon d'appeler ça une foirade de perles. Foirade, c'est possible. Mais pour des perles, elles étaient rares. J'ai tout récrit, à part peut-être deux ou trois pages.
Quand en serai-je quitte ? je l'ignore. Je suis homme à passer dessus tout l'hiver. Je ne lâcherai la chose
que lorsque je n'y verrai plus rien à faire. »

A Louis Bouilhet .21 septembre 1856.

 

texte intégral de la version de 1856

suite : version de 1874

 

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