La première Education Sentimentale

Résumé

Jules et Henry, deux provinciaux, sont au seuil de la vie adulte.

Henry, classiquement, monte à Paris, mais s'y englue. Une aventure avec Emilie Renaud, femme mariée qui s'ennuie, le mène en Amérique. Mais ils en reviennent bientôt, lassés l'un de l'autre. Henry va désormais se consacrer aux affaires.

Jules, lui est resté au pays. Trahi par une actrice, Lucinde, il se replie sur lui-même, cherchant dans l'art une sérénité impossible.

L'écriture de la première Education Sentimentale

« J'ai jeté les yeux sur l'Education avant-hier au soir. - Tu auras du mal à t'en tirer. - Il y a beaucoup de ratures qui sont à peine indiquées. Comme c'est inexpérimenté de style, bon Dieu ! Va, il faut que je t'aime bien pour te faire de pareilles confidences à cette heure ; j'abaisse mon orgueil littéraire devant ton désir. En somme tu verras que ce n'est pas raide. »

A Louise Colet. 12 janvier 1852.

 

« Je suis étonné, chère amie, de l'enthousiasme excessif que tu me témoignes pour certaines parties de l'Education. Elles me semblent bonnes, mais pas à une aussi grande distance des autres que tu le dis. En tout cas je n'approuve pas ton idée d'enlever du livre toute la partie de Jules pour en faire un ensemble. Il faut se reporter à la façon dont le livre a été conçu. Ce caractère de Jules n'est lumineux qu'à cause du contraste d'Henry. Un des deux personnages isolé serait faible. Je n'avais d'abord eu l'idée que celui d'Henry. La nécessité d'un repoussoir m'a fait concevoir celui de Jules. (...)
Oh mon Dieu ! si j'écrivais le style dont j'ai l'idée, quel écrivain je serais ! Il y a dans mon roman un chapitre qui me semble bon et dont tu ne me dis rien, c'est celui de leur voyage en Amérique et toute la lassitude d'eux-mêmes suivie pas à pas. (...) Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de
lyrisme, de grands vols d'aigle, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai autant qu'il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu'il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l'homme. L'Education sentimentale a été, à mon insu, un effort de fusion entre ces deux tendances de mon esprit (il eût été plus facile de faire de l'humain dans un livre et du lyrisme dans un autre). J'ai échoué. Quelques retouches que l'on donne à cette oeuvre (je les ferai peut-être), elle sera toujours défectueuse ; il y manque trop de choses et c'est toujours par l'absence qu'un livre est faible. Une qualité n'est jamais un défaut, il n'y a pas d'excès. Mais si cette qualité en mange une autre, est-elle toujours une qualité ? En résumé, il faudrait pour l'Education récrire ou du moins recaler l'ensemble, refaire deux ou trois chapitres et, ce qui me parait le plus difficile de tout, écrire un chapitre qui manque, où l'on montrerait comment fatalement le même tronc a dû se bifurquer, c'est-à-dire pourquoi telle action a amené ce résultat dans ce personnage plutôt que telle autre. Les causes sont montrées, les résultats aussi ; mais l'enchaînement de la cause à l'effet ne l'est point. Voilà le vice du livre, et comment il ment à son titre. »

A Louise Colet. 16 janvier 1852.

 

Un extrait : l'épisode du chien (chapitre XXVI)

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