Maxime Du Camp
1822 - 1894
Né le 8 février 1822, Maxime Du Camp est le fils unique d'un chirurgien, mort en 1824.
Il rencontre Flaubert en Mars 1843, alors qu'il se destine à une carrière d'homme de lettres.
Il effectue son premier voyage en Italie et en Algérie en 1844, et parcourt la Bretagne à pied avec Flaubert en 1847 d'où ils rapporteront "Par les champs et par les grèves"
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En 1849, Flaubert et lui s'embarquent pour l'Orient : Egypte, Palestine, Syrie, Asie Mineure, Grèce et Italie.
D'Egypte, Du Camp rapportera un récit de voyage "Le Nil", dans lequel il réussit à ne pas nommer Flaubert une seule fois ; et cent cinquante calotypes, qui font de lui un des premiers reporters photographes de son époque.
En 1851, il fonde avec Théophile Gautier et Arsène Houssaye, la deuxième "Revue de Paris", qui publiera "Madame Bovary", et jouera un rôle important dans la vie littéraire, jusqu'à ce qu'elle disparaisse en 1858
Officier de la garde mobile en juin 1848, volontaire dans la Légion des Mille de Garibaldi en 1860, Du Camp sera reçu à l'Académie en 1880.
Entre-temps, il aura collaboré à "La revue des deux mondes", où il fera paraître sa grande enquête "Paris, ses organes, sa fonction, sa vie", publiée ensuite en six volumes chez Hachette.
Son oeuvre compte près de cinquante volumes, romans : "Mémoires d'un suicidé" (1853), "Forces perdues" (1867) ; poèmes : "Les chants modernes" (1855) ; souvenirs de voyage : "Le Nil", "L'expédition des Deux-Siciles" ; critiques d'art : "Salons" (1857, 1859, 1861) ; reportages : "Les convulsions de Paris" (1878-1880, sur la Commune) , "La charité privée à Paris" (1885) ; et "Souvenirs littéraires", dans lesquels il révèle la maladie de Flaubert, qu'il est le premier à nommer épilepsie.
Ses relations avec Flaubert ne furent pas sans nuages, l'arrivisme non dissimulé de Du Camp s'éloignant des conceptions de Flaubert.
« Je suis bien aise que Max t'ait plu. C'est une bonne, belle et grande nature que j'ai devinée du premier jour et à laquelle je me suis accroché comme une trouvaille. Il y a entre nous deux trop de points de contact dans l'esprit et dans la constitution pour que nous nous manquions. Voilà quatre ans que nous nous connaissons, c'est comme s'il y avait un siècle ! tant nous avons vécu ensemble, et par des fortunes diverses, par des temps de pluie et de soleil. Aime-le comme un frère que j'aurais à Paris. Fie-toi à lui comme à moi, et plus à lui qu'à moi-même car il vaut mieux que moi. Il y a chez lui plus d'héroïsme et plus de délicatesse. La gentilhommerie de ses manières ne fait que sortir celle de son coeur. Moi je suis plus grossier, plus commun, plus ondoyant. J'ai le fumet plus âcre. - Il ne faut pas croire ce qu'il peut te dire de moi sous le rapport littéraire. M'aimant comme il m'aime il est partial sans doute. D'abord je suis un peu son maître. Je l'ai tiré de la bourbe du feuilleton où il serait maintenant enfoui pour le reste de sa vie - si ce n'est étouffé - et je lui ai inspiré l'amour des études sérieuses. Il a fait depuis deux ans de grands progrès. Il a maintenant un joli talent. Il en aura un beau plutôt. C'est surtout le sentiment et le goût qui dominent en lui. »
A Louise Colet. 14 octobre 1846.
« Nous passons notre temps à des causeries dont je serais honteux presque, à des folies, à des songeries impériales. Nous bâtissons des palais, nous meublons des hôtels vénitiens. Nous voyageons en Orient avec des escortes et puis nous retombons plus à plat sur notre vie présente et, en définitive, nous sommes tristes comme des cadavres. Ce serait à périr d'ennui pour un tiers. »
A Louise Colet. 7 décembre 1846.
« Mes amis me quittent pour courir après la fortune ou la réputation, et rougissant de leur jeunesse m'abandonnent avec des naïvetés d'égoïsme à faire rire de pitié, si elles ne serraient le coeur. »
A Henriette Collier. 3 avril 1852.
« Mon cher bonhomme,
Je suis peiné de te voir si sensible. Loin d'avoir voulu rendre ma lettre blessante, j'avais tâché qu'elle fût tout le contraire. Je m'y étais renfermé, tant que je l'avais pu, dans les limites du sujet, comme on dit en rhétorique.
Mais pourquoi, aussi, recommences-tu ta rengaine ? et viens-tu toujours prêcher le régime à un homme qui a la prétention de se croire en bonne santé ! Je trouve ton affliction à mon endroit comique, voilà tout. Est-ce que je te blâme, moi, de vivre à Paris, et d'avoir publié, etc ? (...)
Tout ce que tu pourras me dire, je me le suis dit, sois-en sûr, blâme ou louange, bien et mal. Tout ce que tu ajouteras là-dessus ne sera donc que la redite d'une foule de monologues que je sais par coeur.(...)
Quand à mon poste d'homme de lettres, je te le cède de grand coeur, et j'abandonne la guérite, emportant le fusil sur mon bras. - Je dénie l'honneur d'un pareil titre et d'une pareille mission. Je suis tout bonnement un bourgeois qui vit retiré à la campagne, m'occupant de littérature et sans rien demander aux autres, ni considération, ni honneur, ni estime même.
Ils se passeront donc de mes lumières. Je leur demande en revanche qu'ils ne m'empoisonnent pas de leurs chandelles. C'est pourquoi je me tiens à l'écart. - Pour ce qui est de les aider, je ne refuserai jamais un service, quel qu'il soit. - Je me jetterai à l'eau pour sauver un bon vers ou une bonne phrase, n'importe de qui, mais je ne crois pas que pour cela l'humanité ait besoin de moi, pas plus que je n'ai besoin d'elle.
Modifie encore cette idée, à savoir que, si je suis seul, je ne me contente pas de moi-même. C'est quand je serai content de moi au contraire, que je sortirai de chez moi, où je ne suis pas gâté d'encouragements. Si tu pouvais voir au fond de ma cervelle, cette phrase que tu as écrite te semblerait une monstruosité.
(...) Prends ton parti sur ma caducité précoce, sur mon irrémédiable encroûtement. Il tient comme la teigne ; tes ongles se casseront dessus, garde-les pour des besognes plus légères.
Nous ne suivons plus la même route, nous ne naviguons plus dans la même nacelle. Que Dieu nous conduise où chacun demande ! Moi, je ne cherche pas le port, mais la haute mer. - Si j'y fais naufrage, je te dispense du deuil. »A Maxime Du Camp. juillet 1852.
« Nouvelle ! Le jeune Du Camp est officier de la Légion d'honneur ! Comme ça doit lui faire plaisir ! Quand il se compare à moi, et considère le chemin qu'il a fait depuis qu'il m'a quitté, il est certain qu'il doit me trouver bien loin de lui en arrière, et qu'il a fait de la route (extérieure). Tu le verras, à quelque jour, attraper une place et laisser là cette bonne littérature. Tout se confond dans sa tête, femmes, croix, art, bottes, tout cela tourbillonne au même niveau, et pourvu que ça le pousse, c'est l'important. »
A Louise Colet. 15 janvier 1853.
« Pour lui, ce bon Maxime, je suis maintenant incapable à son endroit d'un sentiment quelconque. La partie de mon coeur où il était est tombée sous une gangrène lente ; et il n'en reste plus rien. Bons ou mauvais procédés, louanges ou calomnies, tout m'est égal. Et il n'y pas, là, de dédain. Ce n'est point une affaire d'orgueil. Mais j'éprouve une impossibilité radicale de sentir à cause de lui, pour lui, quoi que ce soit, amitié, haine, estime ou colère. - Il est parti, comme un mort, et sans même me laisser un regret. Dieu l'a voulu ! Dieu soit béni ! La douceur que j'ai éprouvée dans cette affection (et que je me rappelle avec charme) atténue, sans doute, l'humiliation où je pourrais être de l'avoir eue. »
A Louise Colet. 5 mars 1853.
« Ce malheureux garçon est un de ces sujets auxquels je ne veux pas penser. Je l'aime encore au fond, mais il m'a tellement irrité, repoussé, nié, et fait de si odieuses crasses que c'est pour moi « comme s'il était déjà mort ».
A Louise Colet. 23 décembre 1853.
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