Gustave Flaubert :

autoportrait en...

« O que je donnerais bien de l'argent pour être
ou plus bête ou plus spirituel, athée ou mystique,
mais enfin quelque chose de complet, d'entier,
une identité, quelque chose en un mot ».

...Arabesque

« Ma volonté seule suit une ligne droite, mais tout le reste de mon individu se perd en arabesques infinies. »

A Louise Colet. 13 mars 1854.

...Arbre

« A mesure que je vieillis je m'assombris, je fais comme les arbres, chaque jour je perds de mon feuillage et je me creuse en dedans. »

A Henriette Collier. 8 décembre 1851.

...Argile et Bronze

« Je suis d'argile pour recevoir les impressions et de bronze pour les garder. Chez moi, rien ne s'efface ; tout s'accumule. »

A Amélie Bosquet. 20 août 1866.

...Barbare

« Je porte en moi la mélancolie des races barbares, avec ses instincts de migrations et ses dégoûts innés de la vie, qui leur faisait quitter leur pays comme pour se quitter eux-mêmes. »

A Louise Colet. 13 août 1846.

« Je suis un Barbare, j'en ai l'apathie musculaire, les langueurs nerveuses, les yeux verts et la haute taille ; mais j'en ai aussi l'élan, l'entêtement, l'irascibilité. Normands, tous que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines ; c'est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde. »

A Louise Colet. 3 juillet 1852.

...Bédouin

« Je ne veux faire partie de rien, n'être membre d'aucune académie, d'aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle et le niveau. Bédouin, tant qu'il vous plaira ; citoyen, jamais. »

A Louise Colet. 23 janvier 1854.

...Botte vernie

« Je ne change pas, je suis immuable comme une botte... vernie s'entend ! Je peux bien m'user, mais je ne dévernis pas. »

A Ernest Chevalier. 15 juin 1845.

...Bûche

« Si je n'avais peur du hachisch, je m'en bourrerais au lieu de pain, et si j'ai encore trente ans à vivre, je les passerais ainsi, couché sur le dos, inerte, et à l'état de bûche. »

A Louise Colet. 14 décembre 1853.

...Butor

« Quant à moi je deviens colossal, monumental, je suis boeuf, sphinx, butor, éléphant, baleine, tout ce qu'il y a de plus énorme, de plus empâté et de plus lourd au moral comme au physique. »

A Ernest Chevalier. 7 juillet 1841.

...Cal

« Je te l'ai déjà dit, j'ai la peau du coeur, comme celle des mains, assez calleuse. Ça vous blesse quand on y touche. »

A Louise Colet. 31 août 1846.

...Champignon

« Les gens qui méditent, c'est-à-dire les champignons intellectuels qui se pourrissent à leur place, comme moi, font bien de temps en temps d'approcher du feu. Ça leur fait jeter leur jus, ils n'en sont que plus secs après. »

A Louise Colet. 14 juillet 1847.

...Charbon

« Si je te semble si froid, c'est que j'ai bien brûlé déjà et qu'il n'est pas étonnant que le charbon ne flambe plus si fort. »

A Louise Colet. 10 août 1847.

...Cheval

« Ma vie a été fort plate - et sage - d'actions au moins. Quant au dedans, c'est autre chose ! Je me suis usé sur place, comme les chevaux qu'on dresse à l'écurie ; ce qui leur casse les reins. »

A Elisa Schlesinger. 2 octobre 1856.

...Cocotier

« J'ai au contraire l'esprit tendre et le coeur âpre ; comme le fruit du cocotier qui contient du lait enfermé dans des couches de bois, on ne l'ouvre qu'avec la hache, et qu'y trouve-ton souvent ? une espèce de crème tournée. »

A Louise Colet. 21 janvier 1847.

...Décadent

« Je suis un "homme de la décadence", ni chrétien, ni stoïque et nullement fait pour les luttes de l'existence. »

A Léonie Brainne. 2 octobre 1875 .

...Deux bonshommes

« Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulardes, de lyrisme, de grands vols d'aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l'idée ; un autre qui fouille et creuse le vrai tant qu'il peut, qui aime à accuser le petit fait aussi puissamment que le grand, qui voudrait vous faire sentir presque matériellement les choses qu'il reproduit ; celui-là aime à rire et se plaît dans les animalités de l'homme. »

A Louise Colet. 16 janvier 1852.

...Dromadaire

« Je suis de la nature des dromadaires, que l'on ne peut faire marcher que lorsqu'ils sont au repos et l'on ne peur arrêter lorsqu'ils sont en marche ; mais mon coeur est comme leur dos bossu : il supporte de lourdes charges aisément et ne plie jamais. »

A Maurice Schlesinger. avril 1857.

...Egypte

« Et puis je suis comme l'Egypte. - Il me faut pour vivre la régulière inondation du style. Quand elle manque, je me trouve anéanti comme si toutes les sources fécondantes étaient rentrées en terre, je ne sais où, et je sens, par-dessus moi, passer d'innombrables aridités qui me soufflent, au visage, le désespoir. »

A Louise Colet. 25 mars 1854.

...Empereur de Cochinchine

« J'étais né pour être empereur de Cochinchine, pour fumer dans des pipes de 36 toises, pour avoir 6 mille femmes et 1400 bardaches, des cimeterres pour faire sauter la tête des gens dont la figure me déplaît, des cavales numides, des bassins de marbre, et je n'ai rien que des désirs immenses et insatiables, un ennui atroce, et des baîllements continus ! De plus, un brûle-gueule écorné et du tabac trop sec. »

A Ernest Chevalier. 14 novembre 1840.

...Etang

« Car ce que je redoute étant la passion, le mouvement, je crois, si le bonheur est quelque part, qu'il est dans la stagnation. Les étangs n'ont pas de tempêtes. »

A Ernest Chevalier. 13 août 1845.

...Exalté

« Qu'on m'ôte l'exaltation nerveuse, la fantaisie de l'esprit, l'émotion de la minute, il me restera peu. Voilà l'homme dans sa doublure. Je ne suis pas fait pour jouir. Il ne faut pas prendre cette phrase dans un sens terre à terre, mais en saisir l'intensité métaphysique. »

A Louise Colet. 8 août 1846.

...Fossile

« Il me semble que je deviens un fossile, un être sans rapport avec la création environnante. »

A George Sand. 21 mai 1870 .

...Jatte de lait

« Je suis comme les jattes de lait : pour que la crème se forme, il faut les laisser immobiles. »

A Louise Colet. 28 octobre 1853.

...Homme des brouillards

« A me voir d'aspect, on croirait que je dois faire de l'épique, du drame, de la brutalité des faits, et je ne me plais au contraire que dans les sujets d'analyse, d'anatomie, si je peux dire. Au fond, je suis l'homme des brouillards, et c'est à force de patience et d'étude que je me suis débarrassé de toute la graisse blanchâtre qui noyait mes muscles. »

A Louise Colet. 26 juillet 1852.

...Homme-plume

« Ma vie est un rouage monté qui tourne régulièrement. Ce que je fais aujourd'hui, je le ferai demain, je l'ai fait hier. J'ai été le même homme il y a dix ans. Il s'est trouvé que mon organisation est un système ; le tout sans parti pris de soi-même, par la pente des choses qui fait que l'ours blanc habite les glaces et que le chameau marche sur le sable. Je suis un homme-plume. Je sens par elle, à cause d'elle, par rapport à elle et beaucoup plus avec elle. »

A Louise Colet. 31 janvier 1852.

...Huître

« Destiné à me mariner sur place j'ai fait orner mon bocal à ma guise et j'y vis comme une huître rêveuse. »

A Ernest Chevalier. 12 août 1846.

...Lac

« [Ma vie] est un lac, une mare stagnante que rien ne remue et ou rien n'apparaît. »

A Louise Colet. 26 août 1846.

« Je suis comme ces lacs des Alpes qui s'agitent aux brises des vallées (à ce qui souffle d'en bas à ras le sol) : mais les grands vents des sommets passent par-dessus sans rider leur surface, et ne servent qu'à chasser la brume. »

A Louise Colet. 28 décembre 1853.

...Lampe de nuit

« Hélas, je ne suis qu'une pauvre lampe de nuit, dont la mèche rouge pétille dans une mauvaise huile toute pleine d'eau et de poussière. »

A Louise Colet. 2 février 1847.

...Lézard

« Je ne suis rien qu'un lézard littéraire qui se chauffe toute la journée au grand soleil du beau. »

A Louise Colet. 17 octobre 1846.

...Lièvre

« Je vais toujours par bonds et par sauts, d'un train inégal, et avec une continuité disloquée, à la manière, un peu, des lièvres, étant un animal de tempérament songeur et de plume craintive. »

A Louise Colet. 25 mars 1854.

...Macaroni

« Moi je suis comme le macaroni au fromage qui file et qui pue ; il faut en avoir l'habitude pour en avoir le goût. On s'y fait à la longue, après que bien des fois le coeur vous est venu aux lèvres. »

A Louise Colet. janvier 1847.

...Marqueterie

« Moi je suis une arabesque en marqueterie, il y a des morceaux d'ivoire, d'or et de fer. Il y en a de carton peint. Il y en a de diamant. Il y en a de fer-blanc. »

A Louise Colet. 21 août 1846.

...Malle de voyage

« Aussi moi, gardant chaque chose à sa place, je vis par casiers, j'ai des tiroirs, je suis plein de compartiments comme une bonne malle de voyage, et ficelé en dessus, sanglé à triple étrivière. »

A Louise Colet. 2 janvier 1854.

...Marat

« L'immense bêtise moderne me donne la rage. Je deviens comme Marat insociable ! attachez-moi ! je mords ! »

A Léonie Brainne. 14 juin 1872 .

...Névropathe

« Je ne comprends pas que vous passiez votre temps à pêcher et à chasser. Soyez sûr que ce sont des occupations funestes. "La distraction" ne distrait pas - pas plus que les Excitants n'excitent. J'ai beau être névropathe, au fond je suis un sage. »

A Edmond de Goncourt. 22 septembre 1874 .

...Ours

« J'ai même envie d'acheter un bel ours (en peinture), de le faire encadrer et suspendre dans ma chambre après avoir écrit au-dessous : Portrait de Gustave Flaubert, pour indiquer mes dispositions morales et mon humeur sociale. »

A Ernest Chevalier. 15 juin 1845.

« Il n'y a pas d'ours blanc sur son glaçon du pôle qui vive dans un plus profond oubli de la terre. (...) Je me suis creusé mon trou et j'y reste ayant soin qu'il y fasse toujours la même température. »

A Louise Colet. 26 août 1846.

« Je m'enfonce chaque jour dans une ourserie qui prouve plus en faveur de ma moralité que de mon intelligence. »

A Maurice Schlesinger. 24 novembre 1853.

...Pêcheur de perles

« Je suis l'obscur et patient pêcheur de perles qui plonge dans les bas fonds et qui revient les mains vides et la face bleuie. Une attraction fatale m'attire dans les abîmes de la pensée, au fond de ces gouffres intérieurs qui ne tarissent jamais pour les forts. Je passerai ma vie à regarder l'océan de l'art où les autres naviguent ou combattent et je m'amuserai parfois à aller chercher au fond de l'eau des coquilles vertes ou jaunes dont personne ne voudra. Aussi je les garderai pour moi seul et j'en tapisserai ma cabane. »

A Louise Colet. 7 octobre 1846.

...Phoque

« J'ai grande envie de devenir phoque, comme vous dites. »

A Louise Colet. 3 novembre 1851

...Réincarné

« Il me semble, au contraire, que j'ai toujours existé ! et je possède des Souvenirs qui remontent aux pharaons. Je me vois à différents âges de l'histoire très nettement, exerçant des métiers différents et dans des fortunes multiples. Mon individu actuel est le résultat de mes individualités disparues. - J'ai été batelier sur le Nil, leno à Rome du temps des guerres puniques, puis rhéteur grec dans Suburre, où j'étais dévoré de punaises. - Je suis mort, pendant les Croisades, pour avoir mangé trop de raisins sur la plage de Syrie. J'ai été pirate et moine, saltimbanque et cocher. Peut-être empereur d'Orient, aussi ? »

A George Sand. 29 septembre 1866.

...Romantique

« Je suis un vieux romantique enragé, ou encroûté, comme vous voudrez. »

A Sainte-Beuve. 5 mai 1857.

...Temple de Salomon

« Je suis long à prendre des déterminations, à quitter des habitudes. Mais quand les pierres, à la fin, me tombent du coeur, elles restent pour toujours à mes pieds et aucune force humaine ensuite, aucun levier n'en peut plus remuer les ruines. Je suis comme le temple de Salomon, on ne peut plus me rebâtir. »

A Louise Colet. 6 juin 1853.

...Tigre

« Je suis comme les tigres qui ont au bout du gland des poils agglutinés avec quoi ils déchirent la femelle. L'extrémité de tous mes sentiments a une pointe aiguë qui blesse les autres, et moi même aussi quelquefois. »

A Louise Colet. 25 février 1854.

...Vache

« J'étais plus sec et plus âpre il y a vingt ans qu'aujourd'hui. Je me suis féminisé et attendri par l'usure, comme d'autres se racornissent. - Et cela m'indigne. Je sens que je deviens vache. Il ne faut rien pour m'émouvoir. Tout me trouble et m'agite. - Tout m'est aquilon, comme au roseau. »

A George Sand. 23 janvier 1867.

...Vaisselle

« Est-ce que mon coeur peut les contenir ces effusions amollissantes qui ne me sont jamais venues que comme des sueurs subites, ce coeur où ont cuvé dans la solitude les passions, les fantaisies et les rêves d'une autre monde, de sorte qu'il est maintenant bosselé et tordu comme de la vaisselle hors de service, et qu'on aura beau l'essuyer et le rincer, toujours il aura la froide odeur de tout ce qu'on y a mangé autrefois. »

A Louise Colet. 21 janvier 1847.

...Vieux couteau

« Le coeur reste intact, mais j'ai la sensibilité exaspérée par-ci, émoussée par-là, comme un vieux couteau trop aiguisé, qui a des hoches et qui s'ébrèche facilement. »

A Léonie Brainne. 31 mars 1872 .

...Voyageur

« Je voyage en moi comme dans un pays inconnu, quoique je l'aie parcouru cent fois. »

A Louise Colet. 11 août 1846.

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