Leçons de Littérature (1)
« Sous les belles apparences
je cherche les vilains fonds
et je tâche de découvrir,
en dessous des superficies ignobles,
des mines irrévélées de dévouement et de vertu.»« La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout. »
A Ernest Chevalier. 24 février 1842.
« Un sujet à traiter est pour moi comme une femme dont on est amoureux ; quand elle va vous céder on tremble et on a peur, c'est un effroi voluptueux. »
A Louise Colet. 14 octobre 1846.
« Cette question que je n'ai pas résolue : y-a-t-il des idées bêtes et des idées grandes ? Cela ne dépend-il pas de leur exécution ? »
A Louise Colet.14 juillet 1847.
« Il y a des idées tellement lourdes d'elles-mêmes qu'elles écrasent quiconque essaie de les soulever. - Les beaux sujets font les oeuvres médiocres. »
A Louise Colet. novembre 1847.
« Il n'y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l'Art pur, qu'il n'y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. »
A Louise Colet. 16 janvier 1852.
« Il n'y a pas en littérature de beaux sujets d'art, et qu'Yvetot donc vaut Constantinople ; et qu'en conséquence l'on peut écrire n'importe quoi aussi bien que quoi que ce soit. L'artiste doit tout élever ; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu'on ne voyait pas. »
A Louise Colet. 25 juin 1853.
« Un bon sujet de roman est celui qui vient tout d'une pièce, d'un seul jet. C'est une idée mère d'où toutes les autres découlent. On n'est pas du tout libre d'écrire telle ou telle chose. On ne choisit pas son sujet. Voilà ce que le public et les critiques ne comprennent point. Le secret des chefs-d'oeuvre est là : dans la concordance du sujet et du tempérament de l'auteur. »
A Edma Roger des Genettes. 1861.
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« C'est une triste chose que la critique, que l'étude, que de descendre au fond de la science pour n'y trouver que la vanité, d'analyser le coeur humain pour y trouver l'égoïsme, et de ne comprendre le monde que pour n'y voir que malheur. »
A Ernest Chevalier. 24 juin 1837.
« Plongez vous dans de longues études. Il n'y a de continuellement bon que l'habitude d'un travail entêté. Il s'en dégage un opium qui engourdit l'âme. - J'ai passé par des ennuis atroces, et j'ai tournoyé dans le vide, éperdu d'embêtement. On s'en sauve à force de constance et d'orgueil ; essayez. »
A Louise Colet. 26 juillet 1851
« Maintenant par combien d'étude il faut passer pour se dégager des livres ! et qu'il faut en lire ! Il faut boire des océans et les repisser. (...) Il faut lire le mauvais et le sublime, pas le médiocre.»
A Louise Colet. 8 mai 1852..
« Il faut savoir les maîtres par coeur, les idolâtrer, tâcher de penser comme eux, et puis s'en séparer pour toujours. Comme instruction technique, on trouve plus de profit à tirer des génies savants et habiles. »
A Louise Colet. 25 septembre 1852.
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« Il faut lire, méditer beaucoup, toujours penser au style et écrire le moins qu'on peut, uniquement pour calmer l'irritation de l'idée qui demande à prendre une forme et qui se retourne en nous jusqu'à ce que nous lui en ayons trouvé une exacte, précise, adéquate à elle-même. »
A Louise Colet.13 décembre 1846.
« Plutôt ne rien écrire que de se mettre à l'oeuvre à demi préparé. »
A Louise Colet.14 juillet 1847.
« Il faut bien ruminer son objectif avant de songer à la forme, car elle n'arrive bonne, que si l'illusion du sujet nous obsède.»
A Louise Colet. 29 novembre 1853.
Périssent les Etats-Unis plutôt qu'un principe ! Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d'une seconde ma phrase qui n'est pas mûre.
J'ai en tête une manière d'écrire et gentillesse de langage à quoi je veux atteindre. Quand je croirai avoir cueilli l'abricot, je ne refuse pas de le vendre, ni qu'on batte des mains s'il est bon. - D'ici là, je ne veux pas flouer le public. Voila tout. (...)A Maxime Du Camp. 26 juin 1852.
« On doit toujours d'embarquer dans une oeuvre, comme un corsaire dans son navire ; avec l'intention d'y faire fortune, des provisions pour vingt campagnes et un courage intrépide. On part, mais on ne sait pas quand on reviendra ! On peut faire le tour du monde ? - »
A Louise Colet. 25 mars 1854.
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« Réfléchis, réfléchis avant d'écrire. Tout dépend de la conception. (...) Dégage-toi de plus en plus, en écrivant, de ce qui n'est pas de l'Art pur. Aie en vue le modèle, toujours, et rien autre chose. (...) L'Art est une représentation, nous ne devons penser qu'à représenter. Il faut que l'esprit de l'artiste soit comme la mer, assez vaste pour qu'on n'en voie pas les bords, assez pur pour que les étoiles du ciel s'y mirent jusqu'au fond. »
A Louise Colet. 13 septembre 1852.
« Le génie n'est pas autre chose, ma vieille : avoir la faculté de travailler d'après un modèle imaginaire qui pose devant nous. Quand on le voit bien, on le rend. La forme est comme la sueur de la pensée. Quand elle s'agite en nous, elle transpire en poésie. »
A Louise Colet. 1er septembre 1852.
« Ne nous passionnons point pour le petit, pour l'éphémère, pour le laid, pour le mortel. S'il faut avoir l'air d'être ému par tout cela, prenons cet air, mais ne prenons que l'air. Quelque chose de plus subtil qu'une nuée et de plus consistant qu'une cuirasse, doit envelopper ces natures qu'un rien déchire, et qui vibrent sur toute leur longueur au moindre frottement qui se fait sur eux. - Nous avons à porter (rappelons-nous cela) toutes les passions des autres. Et comment voulez vous que le vase reste plein, si vous le secouez par les deux anses ? »
A Louise Colet. 18 janvier 1854.
« Je ne crois pas que l'on puisse tout bien dire. Il y a des idées impossibles (celles qui sont usées, par exemple, ou foncièrement mauvaises), et comme le style n'est qu'une manière de penser, si votre conception est faible, jamais vous n'écrirez de façon forte. »
A Ernest Feydau. 15 mai 1859.
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Se baser sur son imagination ?
« L'imagination est plutôt une faculté qu'il faut, je crois, condenser pour lui donner de la force, qu'étendre pour lui donner de la longueur. Paillettes d'or, légères comme de la paille et volatiles comme de la poussière, mes idées ont plutôt besoin d'être mises à la presse que passées au laminoir. »
A Louise Colet. 4 octobre 1846.
« Où est la limite de l'inspiration à la folie, de la stupidité à l'extase ? Ne faut-il pas, pour être artiste, voir tout d'une façon différente à celle des autres hommes ? L'art n'est pas un jeu d'esprit. C'est une atmosphère spéciale. Mais qui dit, qu'à force de descendre toujours plus avant dans les gouffres pour respirer un air plus chaud, on ne finit par raconter des miasmes funèbres ? »
A Louise Colet. 1er octobre 1852.
« L'intuition artistique ressemble en effet aux hallucinations hypnagogiques - par son caractère de fugacité -, ça vous passe devant les yeux, - c'est alors qu'il faut se jeter dessus, avidement.
Mais souvent aussi l'image artistique se fait lentement - pièce à pièce - comme les diverses parties d'un décor que l'on pose. »A Hippolyte Taine. 20 novembre 1866.
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Se baser sur son inspiration ?
« Méfions-nous de cette espèce d'échauffement, qu'on appelle l'inspiration, et où il entre plus souvent d'émotion nerveuse que de force musculaire.(...) Je connais ces bals masqués de l'imagination, d'où l'on revient avec la mort au coeur, épuisé, ennuyé, n'ayant vu que des faux et débité que des sottises. »
A Louise Colet. 27 février 1853.
« Je crois que généralement (et quoi qu'on en dise) le souvenir idéalise, c'est-à-dire choisit ? Mais peut-être l'oeil idéalise-t-il aussi ? observez notre étonnement devant une épreuve photographique. Ce n'est jamais ça qu'on a vu. »
A Hippolyte Taine. 20 novembre 1866.
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« L'art (...) doit rester suspendu dans l'infini, complet en lui-même, indépendant de son producteur. (...) L'artiste doit s'arranger de façon à faire croire à la postérité qu'il n'a pas vécu. »
A Louise Colet. 27 mars 1852.
« Il n'y a rien de plus faible que de mettre en art ses sentiments personnels ; - Suis cet axiome pas à pas, ligne par ligne, qu'il soit toujours inébranlable en ta conviction, en disséquant chaque fibre humaine, et en cherchant chaque synonyme de mot et tu verras ! tu verras ! comme ton horizon s'agrandira, comme ton instrument ronflera, et quelle sérénité t'emplira ! Refoulé à l'horizon, ton coeur l'éclairera du fond, au lieu de t'éblouir sur le premier plan. Toi disséminée en tous, tes personnages vivront, et au lieu d'une éternelle personnalité déclamatoire, qui ne peut même se constituer nettement, faute de détails précis qui lui manquent toujours à cause des travestissements qui la déguisent, on verra dans tes oeuvres des foules humaines. »
A Louise Colet. 27 mars 1852.
« L'Art n'a rien à démêler avec l'artiste. Tant pis s'il n'aime pas le rouge, le vert ou le jaune ; toutes les couleurs sont belles, ils s'agit de les peindre. »
A Louise Colet. 26 juillet 1852.
« C'est avec la tête qu'on écrit. Si le coeur la chauffe, tant mieux, mais il ne faut pas le dire. Ce doit être un four invisible. »
A Louise Colet. 16 novembre 1852.
« L'auteur, dans son oeuvre, doit être comme Dieu dans l'univers, présent partout, et visible nulle part. L'art étant une seconde nature, le créateur de cette nature-là doit agir par des procédés analogues : que l'on sente dans tous les atomes, à tous les aspects, une impassibilité cachée et infini. L'effet, pour le spectateur, doit être une espèce d'ébahissement. Comment tout cela s'est-il fait ! doit-on dire, et qu'on se sente écrasé sans savoir pourquoi. »
A Louise Colet. 9 décembre 1852.
« Rappelons-nous toujours que l'impersonnalité est le signe de la Force. Absorbons l'objectif et qu'il circule en nous, qu'il se reproduise au-dehors, sans qu'on puisse rien comprendre à cette chimie merveilleuse. Notre coeur ne doit être bon qu'à sentir celui des autres. - Soyons des miroirs grossissants de la vérité externe. »
A Louise Colet. 6 novembre 1853.
« Il faut (...) faire de l'art impersonnel. Ou bien, quand on fait du lyrisme individuel, il faut qu'il soit étrange, désordonné, tellement intense enfin que cela devienne une création. Mais quant à dire faiblement ce que tout le monde sent faiblement, non. »
A Louise Colet. 7 avril 1854.
« L'Illusion (s'il y en a une) vient au contraire de l'impersonnalité de l'oeuvre. C'est un de mes principes, qu'il ne faut pas s'écrire. L'artiste doit être dans son oeuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout-puissant ; qu'on le sente partout, mais qu'on ne le voie pas.
Et puis, l'Art doit s'élever au-dessus des affections personnelles et des susceptibilités nerveuses ! Il est temps de lui donner, par une méthode impitoyable, la précision des sciences physiques ! La difficulté capitale, pour moi, n'en reste pas moins le style, la forme, le Beau indéfinissable résultant de la conception même et qui est la splendeur du Vrai. »A Mlle Leroyer de Chantepie. 18 mars 1857.
« L'artiste ne soit pas exister. Sa personnalité est nulle. Les oeuvres ! les oeuvres ! et pas autre chose. »
A Ernest Feydau. 31 octobre 1858.
« Il y a autre chose dans l'art que le milieu où il s'exerce et les antécédents physiologiques de l'ouvrier. Avec ce système-là, on explique la série, le groupe, mais jamais l'individualité, le fait spécial qui fait qu'on est celui-là. Cette méthode amène forcément à ne faire aucun cas du talent. (...) Autrefois, on croyait que la littérature était chose toute personnelle et que les oeuvres tombaient du ciel comme des aérolithes. Maintenant, on nie toute volonté, tout absolu. La vérité est, je crois, dans l'entre-deux. »
A Edma Roger des Genettes. 20 octobre 1864.
« Je trouve même qu'un romancier n'a pas le droit d'exprimer son opinion sur quoi que ce soit. Est-ce que le bon Dieu l'a jamais dite, son opinion ? Voilà pourquoi j'ai pas mal de choses qui m'étouffent, que je voudrais cracher, et que je ravale. A quoi bon les dire, en effet ! Le premier venu est plus intéressant que M. G. Flaubert, parce qu'il est plus général, et par conséquent plus typique. »
A George Sand. 5 décembre 1866.
« Il faut, par un effort d'esprit, se transporter dans les Personnages et non les attirer à soi. »
A George Sand. 15 décembre 1866.
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« La passion ne fait pas les vers. - Et plus vous serez personnel, plus vous serez faible. J'ai toujours pêché par là, moi ; c'est que je me suis toujours mis dans tout ce que j'ai fait. - A la place de saint Antoine, par exemple, c'est moi qui y suis. La tentation a été pour moi et non pour le lecteur. - Moins on sent une chose, plus on est apte à l'exprimer comme elle est (comme elle est toujours, en elle-même, dans sa généralité, et dégagée de tous ses contingents éphémères). Mais il faut avoir la faculté de se la faire sentir. Cette faculté n'est autre que le génie. Voir. - Avoir le modèle devant soi, qui pose. -
C'est pourquoi je déteste la poésie parlée, la poésie en phrases. - Pour les choses qui n'ont pas de mots, le regard suffit. - Les exhalaisons d'âme, le lyrisme, les descriptions, je veux de tout cela en style. Ailleurs c'est une prostitution, de l'art, et du sentiment même. »A Louise Colet. 6 juillet 1852.
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« La première qualité de l'Art et son but est l'illusion. L'émotion, laquelle s'obtient souvent par certains sacrifices de détails poétiques, est une tout autre chose et d'un ordre inférieur. »
A Louise Colet. 16 septembre 1853.
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« Dans quelque chose d'exact soyons exacts. La violence de la couleur ne s'obtient que par l'exactitude de la couleur même, pénétrée par notre sentiment subjectif. »
A Louis Bouilhet. 4 mai 1851.
« Ce coup d'oeil médical de la vie, cette vue du vrai enfin, qui est le seul moyen d'arriver à de grands effets d'émotion. »
A Louise Colet. 24 avril 1852.
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« Quand est-ce donc que l'on fera de l'histoire comme on doit faire du roman, sans amour ni haine d'aucun des personnages ? Quand est-ce donc qu'on écrira les faits au point de vue d'une blague supérieure, c'est-à-dire comme le bon Dieu les voit, d'en haut ?
A Louise Colet. 7 octobre 1852.
« Le roman, selon moi, doit être scientifique, c'est-à-dire rester dans les généralités probables. »
A Flavie Vasse de Saint-Ouen. 27 décembre 1864.
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« Il faut faire de la critique comme on fait de l'histoire naturelle, avec absence d'idée morale. Il ne s'agit pas de déclamer sur telle ou telle forme, mais bien d'exposer en quoi elle consiste, comment elle se rattache à une autre et par quoi elle vit (l'esthétique attend son Geoffroy Saint-Hilaire, ce grand homme qui a montré la légitimité des monstres). Quand on aura, pendant quelques temps, traité l'âme humaine avec l'impartialité que l'on met dans les sciences physiques à étudier la matière, on aura fait un pas immense. »
A Louise Colet. 12 octobre 1853.
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« L'Idée seule est éternelle et nécessaire. Il n'y en a plus de ces artistes comme autrefois, de ceux dont la vie et l'esprit étaient l'instrument aveugle de l'appétit du beau, organes de Dieu par lesquels il se prouvait à lui même. »
A Louise Colet. 8 août 1846.
« Adore l'Idée. Elle seule est vraie parce qu'elle seule est éternelle. »
A Louise Colet. 2 septembre 1846.
« Quel lourd aviron qu'une plume et combien l'idée, quand il faut la creuser avec, est un dur courant ! »
A Louise Colet. 23 octobre 1851.
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« La méthode est tout ce qu'il y a de plus haut dans la critique, puisqu'elle donne le moyen de créer. »
A George Sand. 28 janvier 1872.
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« Ce n'est pas une bonne méthode que de voir ainsi tout de suite, pour écrire immédiatement après. On se préoccupe trop des détails, de la couleur, et pas assez de son esprit, car la couleur dans la nature a un esprit, une sorte de vapeur subtile qui se dégage d'elle, et c'est cela qui doit animer en dessous le style. (...) La couleur, comme les aliments, doit être digérée et mêlée au sang des pensées. »
A Louise Colet. 2 juillet 1853.
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« Pour moi, tant qu'on ne m'aura pas, d'une phrase donnée, séparé la forme du fond, je soutiendrais que ce sont là deux mots vides de sens ; Il n'y a pas de belles pensées sans belles formes, et réciproquement. La Beauté transsude de la forme dans le monde de l'Art, comme dans notre monde à nous il en sort la tentation, l'amour. De même que tu ne peux extraire d'un corps physique les qualités qui le constituent, c'est-à-dire couleur, étendue, solidité, sans le réduire à une abstraction creuse, sans le détruire en un mot, de même tu n'ôteras pas la forme de l'Idée, car l'Idée n'existe qu'en vertu de sa forme. Suppose une idée qui n'ait pas de forme, c'est impossible ; de même qu'une forme qui n'exprime pas une idée. »
A Louise Colet. 18 septembre 1846.
« La forme sort du fond, comme la chaleur du feu. »
A Louise Colet. 29 mai 1852
« La forme est la chair même de la pensée, comme la pensée en est l'âme, la vie. Plus les muscles de votre poitrine seront larges, plus vous respirerez à l'aise. »
A Louise Colet. 27 mars 1853.
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« J'en conçois pourtant un, moi, un style : un style qui serait beau, que quelqu'un fera à quelque jour, dans dix ans, ou dans dix siècles, et qui serait rythmé comme le vers, précis comme le langage des sciences, et avec des ondulations, des ronflements de violoncelle, des aigrettes de feux, un style qui vous entrerait dans l'idée comme un coup de stylet, et où votre pensée enfin voguerait sur des surfaces lisses, comme lorsqu'on file dans un canot avec un bon vent arrière »
A Louise Colet. 24 avril 1852.
« J'aime les phrases nettes et qui se tiennent droites, debout tout en courant, ce qui est presque une impossibilité. L'idéal de la prose est arrivé à un degré inouï de difficulté ; il faut se dégager de l'archaïsme, du mot commun, avoir les idées contemporaines sans leurs mauvais termes, et que ce soit clair comme du Voltaire, touffu comme du Montaigne, nerveux comme du La Bruyère et ruisselant de couleur, toujours. »
A Louise Colet. 13 juin 1852.
« Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. Voilà du moins mon ambition. (...) Il ne me paraît pas non plus impossible de donner à l'analyse psychologique la rapidité, la netteté, l'emportement d'une narration purement dramatique. »
A Louise Colet. 22 juillet 1852.
« Tous les perruquiers sont d'accord à dire que plus les chevelures sont peignées, plus elle sont luisantes. Il en est de même du style, la correction fait son éclat. (...) Tout ne peut pas se dire ; l'Art est borné, si l'idée ne l'est pas. En fait de métaphysique surtout, la plume ne va pas loin, car la force plastique défaille toujours à rendre ce qui n'est pas très net dans l'esprit. »
A Louise Colet. 22 novembre 1852.
« La continuité constitue le style, comme la Constance fait la Vertu. - Pour remonter les courants, pour être bon nageur, il faut que, de l'occiput jusqu'au talon, le corps soit couché sur la même ligne. - On se ramasse comme un crapaud et l'on se déploie sur toute sa surface, en mesure, de tous les membres, tête basse et serrant les dents. L'idée doit faire de même à travers les mots. - Et ne point clapoter, en tapant de droite et de gauche, ce qui n'avance à rien, et fatigue. »
A Louise Colet. 18 décembre 1853.
« Il n'y a pas en littérature de bonnes intentions : le style est tout. »
A Louise Colet. 15 janvier 1854.
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« Pas un atome de matière qui ne contienne la pensée ; et habituons-nous à considérer le monde comme une oeuvre d'art dont il faudrait reproduire les procédés dans nos oeuvres. »
A Louise Colet. 27 mars 1853.
« Le roman (...) doit procéder par généralités et être plus logique que le hasard des choses. »
A René de Maricourt. 9 janvier 1867.
« On n'est idéal qu'à la condition d'être réel et on n'est vrai qu'à force de généraliser. »
A Ernest Chesneau. 27 septembre 1868.
suite des leçons de littérature
Les Bottes comparées aux littératures
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