Gustave Flaubert
vu à travers la correspondance de George Sand
« Je me laisse même entraîner à rester jusqu'à demain chez Flaubert. Il a une habitation charmante au bord de l'eau, une vieille maison bien réparée, confortable avec un ancien jardin des moines remis à neuf, à mi-côte dans les arbres et les murs, c'est délicieux. »
George Sand à Lina Dudevant-Sand. 29 août 1866.
« J'ai lu Cadio, ce qu'il y a de fait, à Flaubert, ça lui a plu. Il m'a lu ce qu'il a fait de son roman. C'est très, très bien. Nous avons causé, causé. Il est excellent mais s'il continue à vivre comme il le fait, il ne fera pas de vieux os. »
George Sand à Maurice Dudevant-Sand. 10 novembre 1866.
« ...Flaubert, qui m'aime de tout son coeur personnellement, ne m'aime pas tant que ça, littérairement. Il ne croit pas que je sois dans le bon chemin et il n'est pas le seul de mes amis qui me croie plus bienveillante qu'artiste. »
George Sand à Hippolyte Taine. 5 avril 1872.
« J'ai dîné tantôt avec Flaubert plus fantastique que jamais. Il m'invite avec Tourguenef et de Goncourt. On se donne rendez-vous chez Magny à 6 h 1/2. J'y suis à l'heure dite. Arrive aussitôt Tourguenef. Nous attendons un quart d'heure. Arrive de Goncourt tout effaré. « Nous ne dînons pas ici. Flaubert nous attend aux Frères provençaux. - Pourquoi ? - Il dit qu'il étouffe ici, que les cabinets sont trop petits, qu'il a passé la nuit, qu'il est fatigué. - Mais moi aussi, je suis fatiguée. - Grondez-le, c'est un gros malappris, mais venez. - Non, je meurs de faim, je reste, dînons ensemble ici. On rit et puis de Goncourt me dit que Flaubert en deviendra fou. » Nous voilà remballés en sapin. Nous montons trois cents marches de Véfour pour trouver Flaubert endormi sur un canapé. Je le traite de cochon, il demande pardon, se met à genoux, les autres se tiennent les côtes de rire. Enfin, on dîne fort mal, d'une cuisine que je déteste, dans un cabinet beaucoup plus petit que ceux de Magny. Flaubert dit qu'il n'en peut plus, qu'il est mort, qu'il a lu une pièce à Carvalho de 2 à 5 h du matin, qu'elle est acceptée avec transport, qu'il va retourner à Croisset la récrire pendant 6 mois et qu'il reviendra passer tout l'hiver à Paris pour la faire jouer, que ça l'ennuie à la mort, mais que c'est pour la mémoire de Bouilhet, ça devient pour lui comme la décoration pour la mère de Marchal. Au demeurant il beugle de joie, il est enchanté, il n'y a plus que cela dans l'univers. Il n'a pas déparlé et n'a pas laissé placer un mot à Tourguenef, à Goncourt encore moins. Je me suis sauvée à dix heures. Je le reverrai demain, mais je lui dirai que je pars lundi. J'en ai assez de mon petit camarade. Je l'aime, mais il me fend la tête en quatre. Il n'aime pas le bruit, mais celui qu'il fait ne le gène pas. »
George Sand à Maurice et Lina Dudevant-Sand. 3 mai 1873.
« D'ailleurs Flaubert ne viendrait pas s'il a quelque chose en train. Il ne sait pas mettre ensemble le travail et la vie. C'est son malheur et c'est mon inquiétude constante pour lui. Il use à la fois la lame et le fourreau sans faire prendre l'air à son épée. »
George Sand à Ivan Tourgueniev. 6 septembre 1873.
George Sand
Correspondance Gustave Flaubert - George Sand : Littérature
Correspondance Gustave Flaubert - George Sand : Politique
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