Louis Bouilhet
1821 - 1869
Dédicataire de "Madame Bovary", "accoucheur" de Flaubert, Louis Bouilhet fut d'abord son condisciple au collège de Rouen sans être son camarade, leur amitié ne datant que de 1846.
Excellent élève, à l'inverse de Flaubert, Bouilhet entre à l'école de médecine de Rouen, puis devient interne à l'Hotel-Dieu, dirigé par le Docteur Flaubert, père de Gustave.
Il abandonne la médecine pour la poésie, en gagnant sa vie comme professeur de Lettres.
Il réside à Paris de 1854 à 1857, puis à Mantes jusqu'en 1867, et enfin à Rouen, où il sera nommé conservateur à la bibiothèque publique. Il vit avec Léonie Leparfait et son fils Philippe, qu'il reconnaîtra.
Sa première grande oeuvre, "Melaenis", poème en 2900 vers, est écrite en 1849, pendant que Flaubert rédige "La tentation de Saint Antoine".
"Malaenis" sera publié en 1851 dans "La Revue de Paris", dirigée par Maxime Du Camp.
Bouilhet se tourne ensuite vers le théâtre, avec quelque succès pour "Madame de Montarcy" (1856), et "La conjuration d'Amboise" (1866), tout en continuant son oeuvre poétique ("Festons et Astragales" -1859)
Il co-rédigera avec Flaubert et le Comte d'Osmoy une féérie, "Le Château des coeurs" qui ne sera jamais représentée.
Après sa mort, Flaubert reprendra sa dernière pièce " Le Sexe faible", et fera paraître un volume de poèmes précédé d'une préface : "Dernières chansons".
Il aura été le destinataire de nombreuses lettres de Flaubert, recueillies dans la "Correspondance"
C'est à propos de l'érection d'un monument à Bouilhet que Flaubert écrira sa Lettre à la municipalité de Rouen
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« C'est un pauvre garçon qui donne ici des leçons pour vivre et qui est poète, un vrai poète qui fait des choses superbes et charmantes et qui restera inconnu parce qu'il lui manque deux choses : le pain et le temps. »
A Louise Colet. 14 Août 1846.
« Au mois de juillet prochain, dans deux mois et demi, nous reprendrons nos dimanches, nos gueulades, nos chères et communes inquiétudes. Tu t'étendras sur mon tapis de voyage, encore plein de sable et de puces. Tu fumeras dans mes pipes longues et humeras, si tu veux, le cuir de ma selle. »
A Louis Bouilhet. 9 avril 1851.
« La mère de Bouilhet et Cany tout entier se sont fâchés contre lui pour avoir écrit un livre immoral. Ça a fait scandale. On le regarde comme un homme d'esprit, mais perdu ; c'est un paria. Si j'avais eu quelques doutes sur la valeur de l'oeuvre et de l'homme, je ne les aurais plus. Cette consécration lui manquait. On ne peut en avoir de plus belles : être renié de sa famille et de son pays (c'est très sérieusement que je parle.) Il y a des outrages qui vous vengent de tous les triomphes, des sifflets qui sont plus doux pour l'orgueil que des bravos. Le voilà donc pour sa biographie future, classé grand homme d'après toutes les règles de l'histoire. »
A Louise Colet. 16 janvier 1852.
« Bouilhet et moi avons passé toute notre soirée de dimanche à nous faire des tableaux anticipés de notre décrépitude. Nous nous voyions vieux, misérables, à l'hospice des incurables, balayant les rues et, dans nos habits tâchés, parlant du temps d'aujourd'hui et de notre promenade à La Roche-Guyon. Nous nous sommes d'abord fait rire, puis presque pleurer. Cela a duré quatre heures de suite. - Il n'y a que des hommes aussi placidement funèbres que nous le sommes, pour s'amuser à de telles horreurs. »
A Louise Colet. 16 novembre 1852.
« Voilà un homme, ce Bouilhet ! Quelle nature complète ! Si j'étais capable d'être jaloux de quelqu'un, je le serais de lui. Avec la vie abrutissante qu'il a menée et les bouillons qu'il a bus, je serais certainement un imbécile maintenant, ou bien au bagne, ou pendu par mes propres mains. Les souffrances du dehors l'ont rendu meilleur. Cela est le fait des bois de haute futaie : ils grandissent dans le vent et poussent à travers le silex et le granit, tandis que les espaliers, avec tout leur fumier et leurs paillassons, crèvent alignés sur un mur et en plein soleil. »
A Louise Colet. 25 octobre 1853.
« Quant à tout le reste de ta bonne, longue et triste lettre, tu es un couillllon avec toutes sortes d'ailes mouillées. Mais j'espère la semaine prochaine refoutre un bâton dans le cul de ton énergie pour la faire tenir belle et droite comme un poupée de Nuremberg. »
A Louis Bouilhet. 25 décembre 1853.
« J'ai à vous annoncer la mort de mon pauvre Bouilhet. Je viens de mettre en terre une partie de moi-même, un vieil ami dont la perte est irréparable !...»
A la Princesse Mathilde. 20 juillet 1869.
« J'ai enterré avant-hier ma conscience littéraire, mon jugement, ma boussole, - sans compter le reste ! »
A Frédéric Fovard. 22 juillet 1869.
« Quant à moi, qui conduisais le deuil, j'ai fait bonne figure jusqu'aux discours. Exclusivement. J'aime la littérature plus que personne. Mais c'est comme la merde, je veux qu'on me la serve à part. »
A Sainte Beuve. 23 juillet 1869.
« Ton rude géant a reçu une rude calotte dont il ne se remettra pas. Je me dis : « à quoi bon écrire maintenant, puisqu'il n'est plus là ! » C'est fini, les bonnes gueulades, les enthousiasmes en commun, les oeuvres futures rêvées ensemble. (...)
Il s'est formé une commission pour lui élever un monument. On lui fera un petit tombeau convenable et un buste qu'on mettra au musée. On m'a nommé le Président de cette commission. »A Jules Duplan. 29 juillet 1869.
« En perdant mon pauvre Bouilhet, j'ai perdu mon accoucheur, celui qui voyait dans ma pensée plus clairement que moi-même. »
A George Sand. 12 janvier 1870.
« J'ai relu tout ce qu'il a écrit. J'ai feuilleté nos anciennes lettres. Je remue une série de souvenirs, dont quelques uns ont trente-sept ans de date ! C'est peu gai, comme vous voyez ! Ici, d'ailleurs, à Croisset, je suis poursuivi par son fantôme que je retrouve derrière chaque buisson du jardin, sur le divan de mon cabinet, et jusque dans mes vêtements, dans mes robes de chambre qu'il mettait. »
A Edmond De Goncourt. 26 juin 1870.
« Quand on écrit la biogaphie d'un ami, on doit le faire au point de vue de sa vengeance. »
A Ernest Feydeau. 15 novembre 1872.
Melaenis, par Louis Bouilhet (texte intégral)
Les commentaires de Flaubert sur Melaenis
Les Fossiles, par Louis Bouilhet
Kuchiuk-Hanem, par Louis Bouilhet
Lettres de Louis Bouilhet à Flaubert, à propos des Fossiles, et de Salammbô
Préfaces aux Dernières chansons de Louis Bouilhet, par Gustave Flaubert
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