Une promenade de Bélial,
par Alfred Le Poittevin(1)
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RESUME, par Gustave Flaubert
« Le comte et la comtesse de Lussay, nouvellement mariés, viennent de se baiser ; après la baisade, on cause de l'âme ; le diable arrive et se charge amicalement de montrer aux époux comment tout se transforme et s'élève. Ainsi l'on voit d'abord deux demoiselles de l'Opéra avec des mousquetaires ; dans un autre tableau, on revoit les deux mêmes femmes religieuses. Elles ont grandi en amour. Dans un bal le diable montre, toujours à l'aide du même talisman (un miroir magique qui fait voir le passé) une chanteuse parfaite que tout le monde applaudit. Elle a d'abord été chanteuse de rues, etc., elle a passé par des états intermédiaires afin d'en arriver là. Dans ce même bal plusieurs figures secondaires, un savant de province (Richard, Chéruel ?), qui a plusieurs âges à subir, avant d'être un vrai savant, un savant de Paris, un membre de l'Institut.
Mais il n'y a pas toujours progression. Ainsi on voit un petit gamin apprendre le grec dans la grammaire qu'il a faite, dans une vie précédente.
L'idée générale est le tourbillonnement, la spirale infinie. Tout ce qui nous choque s'explique. - Les âmes sont comme les astres, elles changent de place suivant la même ligne. »A Louis Bouilhet. Damas. 2 septembre 1850
I
Le duc et la duchesse de Préval, nouvellement mariés, avaient décidé de passer un jour à l'abri des importuns. Je ne chercherai point à quoi ils s'occupaient, enfermés dans le boudoir de Madame, ni à quel propos ils parlèrent de la vie, se demandant d'où elle venait, ce qu'elle était et pourquoi on la recevait. Madame, élevée au couvent, était catholique ; élevé dans un collège, Monsieur était éclectique. Il aurait voulu convertir sa femme, qui de son côté eût été bien aise de convertir son mari. On parla longtemps sans se mettre d'accord, et comme chacun s'obstinait dans son avis, le Duc se ressouvint de la fin de Candide... Mais que devint Madame, quand elle aperçut, assis sur un fauteuil, un personnage nouveau venu qui la regardait en souriant ? Elle poussa un cri, rougit bien fort, et s'arrangea le plus décemment qu'elle pût. Le Duc, en se retournant, ne fut guère moins surpris qu'elle. Il courut à la porte ; mais elle était fermée ; et de là à la fenêtre, qui l'était aussi.
- Monsieur, dit-il, comment avez-vous pu ?
- C'est ce que je m'apprête à vous apprendre, répliqua l'inconnu, si vous voulez bien me laisser parler. Asseyez-vous d'abord, nous en aurons pour quelques temps.
Je me glisse partout où je veux, mais je ne me montre pas toujours. J'étais ici, quoiqu'invisible, quand vous agitiez cette question dont on s'entretenait tous les jours à la table d'Héliogabale.
Si j'y peux mieux répondre que vous, c'est que je suis un de ces génies auxquels Dieu remit le soin des mondes. Je préside à l'amour dans la Nature entière. C'est moi qui tout à l'heure me balançait aux lèvres de Madame, quand elles vous attiraient si fort. C'est sur mes ailes que le pollen traverse les airs, quand il cherche le pistil des fleurs. Je suis la Vénus qu'invoquait Lucrèce dans ce grand poème que vous savez. On m'appelait indifféremment Adonis ou Mylitta, car je réunis les deux sexes. C'est de moi que parlait Milton, quand il apostrophait ce Bélial, le dieu des amours impures. Seulement, comme tous les chrétiens, il a calomnié le Diable. C'est ce qu'ont compris les Hussites, qui l'appelaient au contraire : Celui à qui on a fait du tort.
Vous n'en douterez plus, quand vous saurez pourquoi je viens me mêler à vos discussions. Ce n'est pas tout à fait pour vous, Monsieur le Duc ; mais il me chagrinait de voir couler des douces lèvres de Madame tant de raisonnements futiles ; je veux soulever un peu devant elle le dernier voile d'Isis. Qu'elle se rassure cependant ; ce n'est pas le Néant qu'elle trouvera comme fin dernière de la vie.
Avez-vous lu, Monsieur le Duc, le sixième livre de l'Enéïde ?- Belle question ! répondit M. de Préval.
- Il vous souvient donc que les morts, en quittant l'Elysée, reviennent à la vie après avoir bu au fleuve d'oubli ?
- « Scilicet immemores supra ut convexa revisant » se hâta de dire le Duc, comme s'il eût craint que Bélial ne fit avant lui la citation ou ne l'empêchât de la faire.
Bélial sourit, ce qui fit sourire Madame ; et, se tournant vers elle, il traduisit le vers latin.
- Mais savez-vous, M. de Préval, pourquoi les ombres retournent ainsi à la vie mortelle ?
- C'est là, reprit M. de Préval, une des fictions de la mythologie. Pythagore...
- Vous allez dire que Pythagore croyait à la métempsycose, à laquelle ni Madame ni vous ne croyez ?
- Pardonnez-moi, reprit le Duc. J'ai parfois été tenté d'adopter cette philosophie. La matière est dans un éternel mouvement, les forces se renouvellent sans cesse. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi de l'homme ? Aujourd'hui roi, palefrenier demain, cheval peut-être bientôt après.
- Mais, reprit le Diable, dans quel but tous ces changements ? Grâce à cette échelle descendante, le cheval peut devenir pourceau, et l'âme du pourceau s'aller chauffer au soleil entre les deux écailles d'une huître ?
- Cela se peut, dit le Duc. Tout cela change pour changer, comme une roue tourne pour tourner.
- La roue, répondit Béel en souriant, ne tourne pas pour tourner, mais pour nous mener à un but. L'âme ne peut mourir ; elle renouvelle le corps qu'elle habite à chaque phase de son existence. Seulement, chacune de ces phases la rapproche de l'Idéal, terme du développement des mondes.
Si vous saviez comment procède la Nature, vous verriez qu'elle travaille avec lenteur ; elle n'engendre point indifféremment, et avec la même facilité, un homme ou un ciron. Vous dites que vous ne croyez plus aux miracles, et vous pensez que neuf mois de gestation suffisent à créer un homme ?
Quand le soleil réchauffe les plaines ou que Phoebé danse sur les ondes, balancée par les vents nocturnes, est-ce que vous ne pressentez pas qu'il s'accomplit un mystère ?
Ce mystère, c'est le développement des créatures. Du ver à l'homme, la chaîne s'étend sans se rompre.- A ce compte, reprit Mme de Préval, le ver finira par devenir un homme ?
- Assurément, dit Béel.
- Mais auparavant, reprit Madame, il traversera l'un après l'autre les séries intermédiaires ? Il ira, joyeux oiseau, saluer dans les pins le soleil levant ; puis, coursier fringant, bondir dans les plaines ?
- Avez-vous vu parfois, dit Béel, les grands boeufs mugir et les étalons galoper dans les prairies ? N'avez-vous pas saisi dans leurs yeux l'éclair de la pensée, et comme une majestueuse attente ? Une autre vie s'apprête en silence sous ces fronts tranquilles. Laissez faire. L'heure approche où l'animal, laissant à la terre sa dépouille, va s'élever à la pensée humaine et à la parole qui la communique.
- Mais, fit le Duc...
- Mais, reprit le Diable, je ne suis pas venu pour discuter ; je ne peux en dire davantage sans vous ouvrir des horizons qui n'appartiennent pas à des yeux mortels. Je vais plutôt désennuyer Madame, qui a écouté sans trop d'impatience une théorie philosophique.
Je vais, charmante Duchesse, et vous, Monsieur le Duc, vous donner ce divertissement que procura autrefois Asmodée au seigneur Cléophas. Ce sera, Madame, un petit cours pratique qui vous intéressera plus que le premier. Je vous montrerai des gens aujourd'hui vivants ; nous expliquerons leur vie présente par leur passé, leur avenir par leur vie présente.- Mais, fit la Duchesse...
- Mais, fit le Duc, vous savez bien, mon coeur, que notre compagnon n'aime pas les questions.
- Vous vous moquez, fit le Diable. Les dames font-elles jamais des questions indiscrètes ? Je parie que Madame n'a rien à demander qui ne se rapporte à nos promenades ?
- Vous en jugerez, reprit la Duchesse. Vous me dites que le passé explique le présent et le présent l'avenir. Mais comment cela ?
- C'est, fit le Diable, qu'une existence étant la condition d'une autre, une étroite relation les unit. La mémoire ne survit point à la mort ; mais l'âme, en se créant un nouveau corps, tire des conditions de sa vie passée les aspirations de sa vie nouvelle.
II
« Voulez-vous, dit le Diable à la Duchesse, me laisser vous mettre au doigt cet anneau à côté de votre alliance ?
- Pourquoi cela ? dit le Duc ?
- Ne soyez pas jaloux, reprit le Diable. Cet anneau est celui de Gygès ; vous savez qu'il rend invisible ; Madame votre femme en aura besoin dans les maisons où nous allons entrer.
- Mais moi ?... observa le Duc.
- Grâce au noeud qui vous lie, répliqua Béel, l'anneau suffira pour les deux.
Il offrit son bras à Madame ; Monsieur suivit ; et tous trois quittèrent l'hôtel de Préval.
III
Minuit sonnait, quand Bélial et ses compagnons entrèrent dans la rue de Varennes. Deux jeunes gens marchaient devant eux, à petit bruit, et comme craignant d'être aperçus.
- Hâtons le pas, dit Béel, nous commençons nos expériences.
- Savez-vous bien , Marcel, disait l'un des jeunes gens, que vous êtes un heureux gaillard ! Cette petite Léontine est charmante ; elle avait jusqu'ici éconduit tout le monde et vous en triomphez tout d'abord.
A quoi Marcel répondit :
- J'ai eu tant de bonnes fortunes que je n'ai plus guère de vanité. Ce que vous attribuez à mon mérite, je le dois aux circonstances. Croyez-vous, cher Ernest, que Napoléon, sous Louis Le Grand, eût pu devenir empereur ?
- Assurément non ! - Mais vous êtes un drôle de corps ? Que signifie cette comparaison ?
- Le rapprochement est pourtant aisé. Si j'avais débuté plus tôt avec Léontine, je n'aurais pas mieux réussi que les autres. Ceux qui m'ont frayé le chemin l'ont habituée aux propos galants ; l'âge et le tempérament venant en aide, elle attendait un vainqueur quand je suis venu. Ce n'est que faute de mari, pauvre fille ! qu'elle est passée à l'amant. Comme elle diffère de nos dames, qui pour le second délaissent le premier. Mais, vous le savez, je répugne aux engagements ; et puis d'ailleurs le duc, son père, à le bourgeois en horreur. Je n'avais point assez de naissance pour elle, ni elle assez d'argent pour moi. Cela, comme vous le voyez, n'a rien empêché, tant sont fort deux coeurs qui veulent se rencontrer.
- Voilà un vilain homme, dit la Duchesse. Est-ce ainsi que l'on parle d'une femme qu'on aime ? Ce ton se passerait à peine aux amants rebutés.
- C'est là, dit Bélial, le ton des jeunes gens à la mode. Les pauvres filles ne s'en doutent guère quand elles pressent les mains en dansant, et y mettent de petits billets.
- Je ne croirai jamais, dit Madame, qu'ils soient tous ainsi.
- A l'heure qu'il est, reprit le Diable, il y en a peut-être, en ce bas monde, trois ou quatre qui soient autrement. Cette manière de parler est si goûtée que plusieurs jeunes gens, vraiment amoureux, s'en servent cependant ensemble. Je quitte un petit bonhomme qui parle ainsi de sa maîtresse, affecte de la laisser avec ses amis, et dans son for intérieur crève de jalousie.
En causant de la sorte on arriva à la porte d'un vieil hôtel où s'arrêtèrent les deux amis.
- Pensez surtout, dit Ernest, à chauffer la soeur à mon intention. Je la crois ébranlée : à vous, qui êtes dans la forteresse d'y introduire un ami. La bonne partie carrée que nous ferions là ! Je vous souhaite la bonne nuit et vais chez la petite Coralie.
- Quel large coeur ! dit le Duc. Mais que fait donc Marcel ? Monte-t-il au ciel comme Melchisédech ?
- Ce n'est pas au moins, reprit Béel, à cause de ses vertus ! Ne voyez-vous point cette échelle de soie, attachée à un balcon ? Suivez-le, s'il vous plaît, mon cher Monsieur.
- Mais moi, dit Madame ; vous me faites faire, convenez-en, une étrange expédition. Je suis d'ailleurs poltronne comme vous ne sauriez croire ; je suis encore plus maladroite. Je vais m'accrocher, je vais perdre la tête, je vais crier, tomber peut-être...
- Laissez donc, fit le Diable. Criez si cela vous plaît, on n'entendra pas. Quant à vous blesser, ne redoutez rien ; je suis derrière vous et je veille à tout.
Le Duc, la Duchesse et leur compagnon entrèrent après Marcel dans une chambre située au premier étage.
Il y avait dans cette chambre une belle jeune fille qui se jeta dans les bras du cher Marcel.
- Asseyons-nous, dit le Diable, sur ce canapé. Nous y serons à l'aise pour voir et pour entendre.
L'amant avait quitté son air dégagé et revêtu un air hypocrite qui accrut l'antipathie de la Duchesse.
- Comment va, ma petite belle ? dit-il à Léontine. Toujours charmante, mais en vérité si pâle que vous m'effrayez.
- Mon Dieu, reprit Léontine, il faudra vous y habituer. Je continuerai de vous recevoir, mais quelque jour je serai surprise.
- Est-ce qu'on songe à cela, mon ange ? Vous savez que j'ai gagné les domestiques. Vos parents logent dans la cour et dorment comme on fait à soixante ans.
- Tenez, savez-vous, Marcel, à quoi je pensais aujourd'hui ?
- A moi, peut-être, qui n'ai cessé de penser à vous ? Pourquoi la vanité de votre père met-elle un obstacle entre nous ? Savez-vous que je ne fais plus rien, et qu'on se plaint de moi au ministère ? J'ai fait hier deux erreurs de chiffres qui ont fort mécontenté mon chef de bureau.
- L'impudent menteur ! dit la Duchesse. Peut-on se moquer ainsi, et avec une si douce voix. Il ne pense guère à la pauvre petite, et je suis sûre, à son ministère, qu'il a la tête assez froide pour calculer comme un barème. La sotte histoire que ses erreurs de chiffres !
- Pardonnez-moi, dit le Diable. Il avait déjeuné avec une maîtresse et se trouvait assez étourdi quand il vint à son bureau.
- Mais a-t-il, fit Madame, une autre maîtresse ?
- Assurément ! Comment être à la mode sans cela ? On ne conte ses bonnes fortunes qu'aux amis intimes ; pour les indifférents, il faut une maîtresse.
- Tenez ! reprit la Duchesse, je ne puis voir ce grand drôle se moquer ainsi de cette petite.
- Je crois d'ailleurs, ajouta le Diable, qu'il serait convenable de sortir un instant. Ouvrez cette porte.
On entra dans une chambre voisine ; Mlle Clara, soeur de Léontine, y écrivait une petite lettre adressée à l'ami de Marcel. La Duchesse la lut par dessus son épaule, et se tournant vers son mari :
- Vous moquiez-vous ainsi de moi, quand vous me faisiez votre cour ?
- Il était, s'exclama le Diable, un des quatre ou cinq dont je vous ai parlé !
Le Duc rougit, comme embarrassé du compliment. Madame, occupée à la lettre de Clara, n'y prenait plus garde.
- Retournons maintenant, dit Béel, dans la chambre voisine. On vient de faire un petit signal, qui avertie la soeur aînée qu'elle peut y passer sans être indiscrète.
- Comment va notre soeur ? dit Marcel. Savez-vous, méchante, que vous désespérez ce pauvre Ernest ? Pas seulement un petit mot de lettre ! Il vous aime comme je fais votre sur ; où trouverez-vous un amant plus discret ?
Un mouvement inaccoutumé interrompit cette apologie. Des pas se rapprochèrent de la chambre des filles ; on reconnut celui du Comte, leur père, et bientôt sa voix qui commandait d'ouvrir. Comme on ne répondait pas, il brisa la porte. Marcel était déjà dans la rue, Clara dans sa chambre ; mais l'échelle accusatrice restait à la fenêtre, et Léontine si tremblante qu'elle ne pensait guère à nier. Quelques lettres étalées complétaient les preuves. Quand donc pourra-t-on persuader aux femmes qu'il ne faut jamais garder de lettres ?
- Nous pouvons, dit Béel, suivre sur l'échelle les traces de Marcel. (Il va rejoindre Ernest chez la Coralie, qui a des bontés pour tous deux). La petite Clara tout épouvantée brûle la lettre destinée à Ernest. Quant à Léontine, elle ira demain dans un couvent ; elle y attendra son aînée, qui grâce à cet exemple, ne pêchera que six mois plus tard.
En mettant pied à terre, la Duchesse vit à la porte de l'hôtel une voiture où Bélial l'engagea de monter.
- Après vous, fit le Duc.
- Montez, reprit l'autre. Ce carrosse est à moi ; nous y serons mieux pour causer tandis qu'il nous mènera où je veux aller.
Il donna l'ordre au cocher, et dès qu'il fut monté la voiture partit.
- Pauvre jeune fille, dit la Duchesse. Je me sens émue, malgré la grandeur de sa faute !
- Vous êtes charitable, reprit le Génie ; mais vous faites ce qu'on appelle un préjugé.
- Un préjugé ? s'écria Madame.
- Mon enfant, dit le Duc, notre guide veut dire que vous n'avez pas réfléchi suffisamment ; j'estime cependant qu'une pareille faute est toujours inexcusable.
- Il y a là-dessus la morale des hommes, observa le Diable. Puis... il y a l'autre. Ce bonhomme de père que vous venez de voir est un vieux noble ruiné. L'aînée de ses filles a vingt-cinq ans, la cadette en a vingt-trois. Il a refusé leurs prétendus sans les consulter ; il y en avait des riches, mais c'étaient des bourgeois ; pour la jeune noblesse, elle vend des noms aux roturières en échange de leurs écus. L'attente, qui ne lassait point le père, a fini par lasser les filles. Toutes deux en même temps sont tombées malades. On a mandé le médecin, qui a conseillé un mari. Cet avis a révolté la pudeur de Madame sans obtenir l'approbation de Monsieur ; un confrère a tenu le même langage, mais on croit malaisément ce qui ne plaît pas, et M. de Saint-Géran ne s'est point rendu. Qu'importerait d'ailleurs qu'il fût là-dessus de l'avis de ses filles ? Il les aimerait mieux mortes que mésalliées !
Pour les distraire, on les a menées dans le monde. Elles dansaient régulièrement toutes les nuits ; il y a des gens qui jettent de l'huile sur le feu afin de l'éteindre.
Vous, Madame, dont le jeune mari est encore un nouvel amant, vous vous amusez de tout coeur dans les fêtes où vous allez ; l'odeur des parfums et des fleurs, l'éclat des lustres, les serrements de main des jeunes hommes, tout cela ne vous émeut guère. Si votre bouche, à la sortie du bal, en cherche une à qui se joindre, Monsieur le Duc le lit dans vos yeux ; il devine votre pensée que vous l'ignorez encore. Mais pour celles qui retournent seules, ce sont des fêtes dangereuses. Telle y vient les yeux baissés, se croyant invulnérable, qui, comme Pierre, à la fin du jour, a trois fois renié son Dieu.
Et vous qui n'avez que vingt ans ; vous, mariée depuis un an, l'avez-vous tout à fait oublié ? Ne vous souvient-il plus d'une fête de nuit à l'hôtel de La Palinière ? Une jeune fille, qui depuis est devenue femme, y recevait les adieux d'un petit cousin, pauvre garçon sans fortune, dont les parents n'avaient point voulu... Elle pleurait, l'amant malheureux pleurait aussi... Je sais bien qu'il ne se passa rien de mal. Mais si l'on eût été...- Mais allez-vous vous taire ? dit Mme de Préval.
- Il n'entend, reprit Béel, que ce que je veux bien qu'il entende.
- Toutes les filles qu'on ne marie pas, dit M. de Préval, et qu'on mène dans le monde, ne font pas des enfants pour cela. Celles-ci pouvaient bien se mieux garder.
- Vous n'y êtes pas, dit le Diable. Avez-vous vu quelque part deux esprits faits de même, ou deux visages pareils ?
- Il y a donc, reprit Madame, une raison pour laquelle les unes cèdent quand résistent les autres ? - Mais qu'est-ce là ?
Le Diable en effet venait de tirer un miroir de sa poche. A travers ce miroir, on voyait deux filles richement vêtues, dans un appartement splendide ; elles étaient à souper avec deux seigneurs servis par des laquais en livrée. Cet appartement, ces laquais, appartenaient à ces dames - j'allais dire aussi les deux seigneurs qui se ruinaient pour elles ; - on riait, on buvait, on avait des façons et des plaisirs étranges qui firent rougir Mme de Préval.
- Vous nous montrez là des choses ! dit elle... Mais qu'est-ce que cela signifie ?
- La scène, dit le Diable, est du siècle dernier ; ce miroir est celui du passé. Vous voyez deux roués avec leurs maîtresses.
- Mais ces dames, fit la Duchesse, ont quelque chose de Léontine et de Clara !
- Ce sont elles, observa le Diable. Elles sont plus vieilles qu'aujourd'hui, comme vous voyez. La première a trente ans, la seconde vingt-huit. Elles étaient alors courtisanes. De fêtes en fêtes, d'amours en amours, elles ont gaiement mené leur vie ; elles n'ont versé que de douces larmes, que bien vite séchaient avec leurs gants les mousquetaires de Louis XV. Elles sont mortes vers 89, avec le bon vieux régime.
- Et maintenant elles expient ? dit le Duc en homme qui devine.
- Elles se transforment, dit le Diable. Si chaque vie vous rapproche de l'Idéal, tous n'en sont pas à même distance. Les uns sont illuminés de ses lueurs, les autres l'entrevoient à peine, ou ne le distinguent pas du tout. Ces deux filles ne connaissaient que l'amour des sens. Elles furent les idoles de ce monde insouciant et gracieux qui vint à crouler dans le dernier siècle, au milieu des petits soupers et des vers badins.
Au-dessus de l'amour des sens, il en est un autre. Je ne vous dirai pas ce qui le distingue, de quelles délicatesses il se compose, ni comment il spiritualise la chair. Vous le savez mieux que moi, Madame. Mais pourquoi y découvrez-vous tous les jours des joies nouvelles. C'est qu'à un esprit plus développé, il faut des plaisirs plus délicats. C'est là que tendent ces deux soeurs que je viens de vous montrer ; mais elles se débattent encore contre les instincts de leur passé. Il faut que dans le cloître, où elles le maudiront, elles offrent leurs coeurs brisés au coeur saignant du Crucifié. Telle est la nature humaine : elle n'échappe à la chair qu'en la maudissant au nom de l'esprit ; c'est plus tard qu'elle les concilie...- Et ces pauvres filles, dit Mme de Préval, ne les pourront concilier que dans une existence nouvelle ?
-Qu'était ma femme, interrompit M. de Préval, dans ce XVIIIe siècle dont vous parlez ?
- Voyez-vous cette dame de la cour, entourée de son mari et de ses enfants ?
Le Diable montrait le miroir magique.
- Que je m'applaudis, Madame, dit à Juliette M. de Préval. - Il paraît, fit-il comme en se parlant à lui-même, que ma femme a toujours été vertueuse.
Le Diable tenait toujours le miroir.
- Voyez, disait-il plus bas à Juliette, cette grande dame du XVIe siècle. Elle remet un billet doux à son amant, qu'elle embrasse dans une antichambre.
- Voulez-vous bien cacher cela ! dit Mme de Préval. Cette dame me ressemble un peu. Mais je crois que vous voulez rire ?
- Je ne ris pas, dit très sérieusement Béel.
- Qu'est-ce ? fit le Duc ?
- Ce tableau de la vie de Madame au XVIIIe siècle, et que vous venez de voir.
Ce que disant, Béel remit le miroir dans sa poche.
IV
Les derniers feux venaient de s'éteindre, et malgré la rapidité de la course on n'entendait ni le bruit des roues ni le galop des chevaux.
- Savez-vous, dit Juliette à Bélial, que j'ai presque peur ! Cette voiture qui glisse comme les spectres ; ... ces ténèbres qui nous entourent... on dirait que nous allons tout droit chez les morts.
- Ceux que nous cherchons leur ressemblent. Fiancés de la Mort, leur vie est la préparation d'une autre.
Dans leurs retraites s'apprend le renoncement aux joies, le dépouillement des affections ; bonnes ou funestes, ils retranchent tout, de peur que par hasard l'ivraie n'échappe. A leurs portes on peut inscrire, mieux qu'à celles de l'enfer de Dante : Vous qui entrez, déposez l'espérance.La voiture s'arrêta devant un couvent ; les grilles et les portes roulaient devant Bélial ; à l'aide de quel moyen il ouvrait ainsi les verrous, c'est ce que ne surent point ses compagnons, et s'il dit des mots magiques, comme par exemple « Sésame », il les prononçait si bas qu'il ne fut point entendu.
C'est dans un petit oratoire qu'il introduisit ses protégés. Un pénitent à genoux s'y confessait à un vieux moine.
- Oui, Père, disait le jeune homme, les choses se passèrent ainsi : je descendais l'échelle de soie ; un pied, dans mon trouble, s'égare je ne sais où, et la main suivant l'impulsion, je demeure sans appui à vingt pieds du sol. La pensée me saisit que c'est Dieu qui me frappe ; je promet, s'il me sauve, de me donner à lui... Etendue au hasard ma main retrouve l'échelle ; mon pied, au même instant, retrouve son échelon. Comme je levais la tête pour rendre grâce à Dieu, la lune se découvrant éclaire un vieux cadran dans les jardins de l'hôtel. Ses rayons, au-dessus des heures, me montrent cette légende : « Crains-en une ». Ils me rappelaient ma promesse ; je n'hésitai pas, j'accourus, j'interrompis votre sommeil...
- Grâces vous soient rendues, mon fils ! C'est me faire participer aux desseins de Dieu sur vous. Il aime, par de tels avis, à rappeler les pêcheurs. Ce sont des signes manifestes, suprêmes effets de sa miséricorde, mais que suit le châtiment s'ils ne sont point entendus.
- Ils le seront, mon Père. L'impulsion qu'ils m'ont donnée n'est point tout à fait nouvelle ; déjà, dans les joies sensuelles, j'ai senti monter en moi la tristesse, et comme frémir des instincts plus purs. Ils grandiront loin du monde, dans ces asiles inviolables où s'aide l'esprit, faible encore, d'une discipline faite pour lui.
- Heureuse fin, mais imprévue ! dit au Diable la Duchesse. La transition est brusque, elle n'est point amenée ; et si nous composions, aussi bien, un roman, je vous arrêterais au manque de vraisemblance.
- Mais ceci, Madame, n'est point un roman ! Laissons le vraisemblable à ceux qui en composent, ne nous inquiétant, pour nous, que d'être vrais. De ces métamorphoses, qui choquent les difficiles, le monde nous donne la preuve à défaut des romans. Vous avez lu qu'un jour, trouvant sur son chemin je ne sais quelle église, un libertin y entre, qui jusqu'alors, dit-il, n'avait songé à Dieu. Pourquoi il y entra ? Lui-même ne l'a pas su. Pourquoi il y pleura ? Pourquoi il fut touché et en sortit chrétien, l'une des lumières, plus tard, de ceux de Port-Royal ? Nul romancier, Madame, ne saura vous le dire, que l'Artiste inconnu qui créa l'âme humaine. C'est qu'il l'a, je présume, ainsi disposée qu'aucun instinct n'y domine que ne limite l'instinct contraire, comprimé d'abord, revenant plus fort, en même temps que s'use et décroît l'autre instinct par son excès même. De là, chez les libertins, tant de conversions qui étonnent. Ainsi cesse le règne des sens et commence celui de l'Esprit ; mais, débile encore et neuf, il le faut garder des rechutes ; de là l'expiation, les mystères, les châtiments infernaux : ingénieuses fictions des sages comme aux enfants, utiles aux hommes ! En attendant que pour elle seule ils aiment l'Idée, reine du monde, ils naissent à elle par la peur, craignant, en quittant la vie, de rencontrer chez les morts Cerbère à la triple gueule, ou Satan au pied fourchu !
- Mais, objecta le Duc, sans ce pied mal posé sur l'échelle, que devenait notre homme ?
Madame la Duchesse, prévenant Bélial :
- Ce que devenait l'autre s'il n'eût, sur son chemin, rencontré une église. Restreignez, cher ami, dans l'un et l'autre cas, l'influence du hasard ; il est, comme on dit, cause occasionnelle, que l'esprit saisit plus qu'elle ne le pousse, et qui naîtra demain si elle manque aujourd'hui. Je vois cela très bien. Ce qui me choque plutôt, c'est que la conversion spontanée chez l'amant se trouve, chez la maîtresse, d'abord nécessitée.
- A mon tour, dit le Duc, je crois que je devine : c'est, ma chère, que la femme, qu'elle cède ou qu'elle résiste, a toujours cependant besoin qu'on l'aide un peu !
La Duchesse eût répliqué si, découvrant son miroir, Bélial n'eût au même moment réclamé son attention.
Une mêlée s'y retraça, terrible, acharnée, muette, comme si se fût animée une bataille de Salvator.
- C'est, dit Bélial, une ville qu'on enlève d'assaut. A la tête des assaillants, remarquez ces deux jeunes hommes. Sous leurs coups tombe ce qui résiste... on ne résiste plus... ils frappent toujours. Admirez sur leur figure cette expression inconnue : c'est l'instinct du sang qui s'éveille ; il se révèle, comme la mort, à des signes que rien n'imite. Mais voici de nouvelles scènes avec nos deux mêmes acteurs... Après la victoire, ses trophées... Ils poursuivent dans leur palais deux patriciennes éplorées... En vain elles pleurent, elles supplient. Sous les portraits des ancêtres, la violence va s'accomplir...
L'apparition s'évanouit. Mme de Préval, le front dans ses mains, s'attristait de ces maux passés comme s'ils eussent été présents.
- Folle que vous êtes, lui dit Bélial ; songez plutôt, devant ce spectacle, à la vanité de vos chagrins comme à l'inanité de vos joies. Ils dorment du même sommeil, vainqueurs ou vaincus, ceux que vous venez de voir. Mais auparavant les bourgeois ruinés ont refait leur fortune ; les filles qui pleuraient se sont consolées, et le lendemain de l'assaut, dans les bosquets des bois voisins, elles embrassaient leurs ravisseurs et leur demandaient des robes nouvelles !
La Duchesse un peu honteuse :
- C'est ce premier mouvement, qu'aussi bien l'on recommande de ne jamais écouter. Mais n'ai-je point vu ces jeunes gens que vous venez de montrer ?
- Je le crois bien, Madame, que vous les avez vus ; dans un autre monde, d'abord, et dans celui-ci plus tard. D'abord au petit souper, échantillon du vieux temps, où grâce au miroir magique vos regards ont pénétré. Ajoutez-y, s'il vous plaît, le tableau de tout à l'heure et du passé de notre héros, vous aurez toute une HYPOSTASE, je veux dire celle où règnent les sens : faire bonne chère, courir les femmes, ne savoir que se bien battre, c'est où s'arrête, à ce degré, le développement des esprits.
- Et notre jeune converti ?...
- S'élève plus haut d'un degré. C'est, vous l'avez deviné, l'un des jeunes gens de mon miroir. Ce soir vous avez vu l'autre : c'est le joyeux compagnon qui s'en allait chez Coralie...
- Et ne semblait guère disposé à renoncer au Tentateur. A moins cependant que l'exemple...
- Vous vous moquez ? Mais pourquoi non ? Les hommes aiment faire leur salut ou se damner de compagnie. L'exemple est une de ces causes qui décident, quand en vient l'heure, les résolutions humaines.
- Sachant où tend Léontine, je devine où tend Marcel ; je saisis e sens d'une épreuve qu'ils subissent sans en voir le but.
- Et c'est ce but, enfin atteint, que vous aller toucher du doigt. Vous avez, dans leur vie passée, vu des personnes aujourd'hui vivantes ; les voici dans leur vie future.
Le miroir, au même instant, éclaira un cabinet où écrivait un jeune homme et où lisait une jeune femme.
- C'est encore, dit Bélial, Léontine et Marcel. A cette heure, ils sont mariés. L'époux ne soupçonne guère qu'il a eu sa femme pour maîtresse : le sort amène de ces rencontres, et parfois après une épreuve, rejoint ceux qu'elle a séparés.
- C'est bien le même ! dit la Duchesse, allant de l'homme du miroir au pénitent à genoux ; le front, pourtant, est plus vaste, les yeux plus intelligents.
- Les organes, reprit le Diable, se développent avec l'âme dont ils sont les instruments. Chez Léontine aussi a changé l'esprit avec le visage ; dans son oeil, toujours ardent, l'aspiration idéale remplace les convoitises profanes. Cette femme, autrefois mondaine, partage comme vous pourriez le faire la retraite de son mari. Elle veille sur lui, lit quand il compose, le distrait de ses études et ne l'en détourne point. Marcel, en ce moment suprême, recueille les fruits de son épreuve. L'Esprit, vainqueur de la Matière, se fait d'elle une compagne docile. Ainsi il se développe, dans ses luttes avec la chair, et, quand le renouvelle la mort, il en dépouille le souvenir en en gardant les résultats.
Voilà comment Marcel est devenu un sage, ou pour mieux dire, un philosophe : dans l'étude de l'esprit comme dans celle de l'histoire retrouvant les phases diverses que parcourent les hommes, il les conclut, sans le savoir, d'expériences que lui-même a faites.- Mais tous les hommes, fit M. de Préval, ne suivent-ils pas un développement semblable ?
- Sans doute, dit Bélial. Les circonstances varient, le résultat est le même. Le règne effréné de la Matière amène la réaction de l'Esprit. Pour s'émanciper, il la condamne, y voyant les pompes de l'enfer. Mais plus tard, des hauteurs idéales, l'homme aperçoit des aspects plus vastes ; la Science le fait impartial. Après avoir affranchi l'Esprit, il réhabilite la Matière, et sous leur apparente opposition saisit leur identité.
- Ainsi, observa Madame, les états les plus opposés sont en réalité les plus proches ?
- Sans doute, répondit Bélial. Ne savez-vous pas combien aisément on passe de l'amour à la haine, et du désespoir à la joie ? C'est au sortir de l'athéisme que la France rouvrit les églises, et c'est après les festins de Vénus et les orgies d'Héliogabale que Jérôme fuyait dans le désert, et que retentissait la Thébaïde des flagellations des solitaires.
- Mais désormais, continua Madame, on ne reverra plus cela ?
- Pourquoi ? fit Bélial. Laissez faire les agents de change, les prostituées et les écrivains ! ils hâtent la fin du vieux monde, et préparent sans s'en douter l'aurore du nouveau. La vie naît dans la pourriture : un jour, de ces peuples pervertis, sortiront des apôtres aussi héroïques que saint Paul et que saint Antoine.
- Et notre philosophe dit Mme de Préval, que deviendra-t-il plus tard ?
- Je vous ai montré, reprit Bélial, deux de ses vies antérieures, mais j'aurais pu suivre dans le passé ses transformations innombrables comme je le pourrais dans l'avenir. Je m'arrêterai là ; il vous semblerait que vous entrez dans le monde des magiciens ; car la nature n'est pas moins riche que l'imagination des hommes. Rêvez-y plutôt quand vous serez seule. Ne vous êtes-vous jamais demandé à quoi bon les mondes qui nous entourent ? S'ils n'ont point leurs habitants ? S'il n'en est pas de plus informes et de plus parfaits que le vôtre ? Les âmes ne passent-elles point des uns dans les autres ? Ne vous souvient-il pas que Goethe, dans son admiration pour Wieland, se demandait si l'âme de cet homme, dans les temps à venir, ne deviendrait point celle d'un monde ?
- Qu'il est difficile, s'écria Mme de Préval, de savoir la vérité !
- La vérité ? Pour le nègre, c'est le morceau de bois qu'il adore. Pour le chrétien, c'est Jésus mort sur la croix. Pour ce penseur, c'est le Dieu des philosophes. Pour ce Dieu tout métaphysique, notre pénitent n'est pas mûr. Laissons-le dans son monastère, suivre la rude série d'épreuves qui, par degrés, vont l'y conduire. Tandis que nous parlons de lui, il continue sa confession, et bientôt va se retirer dans la cellule qu'on lui prépare. Nous ne le suivrons point, Madame, mais bien plutôt les équipages que l'on entend d'ici rouler, et qui affluent en ce moment chez un seigneur du voisinage. C'est au bal que je vous conduis pour y continuer nos recherches ; nous y verrons nombre de gens qui pourront vous intéresser.
Aussi docile qu'auparavant, la grille du cloître se rouvrit devant Bélial et ses amis. Ils y retrouvèrent leur voiture, qui bientôt après s'arrêta aux portes d'un somptueux hôtel.
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