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Ce qu'en dit la presse :
Flaubert à la Maison Jean Vilar
« Un coeur simple » est un des plus beaux textes de Flaubert : sans le moindre pathos et avec ce refus définitif du lyrisme et du romanesque si caractéristique d'un Flaubert pourtant « sensible comme une femme », il raconte presqu'au jour le jour la vie pathétique et si simple d'une servante : un document certes, mais surtout la beauté pantelante d'un cÏur de femme sur une table de dissection.
La comédienne Annie Rousset, du Groupe A+ , basé à Séguret, a voulu autopsier ce « coeur simple ». Plus qu'une lecture mise en espace, c'est à un véritable spectacle qu'elle nous invite à la Maison Jean Vilar : deux interprète de chair et d'âme, elle-même humble et si pudique Félicité (...).
Un fauteuil, une chaise, et un panier pour tout décor, des paysages verdoyants de Normandie sur écran vidéo, du Schubert qui allie la tendresse et la mort, et c'est un monde qui surgit : ce dix-neuvième siècle où les enfants - même ceux des classes privilégiées - meurent à la fleur de l'âge, où une grande âme abandonnée, Félicité, tourneboulée par la solitude et les malheurs, finit par confondre son perroquet empaillé et la colombe du Saint-Esprit.
Rien de moins spectaculaire et pourtant de plus juste, de plus émouvant, de plus grave, que ce spectacle « léger ».
Danièle Carraz. La Provence. 5 février 2000
Autopsie d'un coeur simple
La maison Jean Vilar d'Avignon a reçu les compagnies Groupe A+ et Arthéâtre pour une co-production autour du conte de Flaubert « Un coeur simple ».
A partir de ce texte narratif, Annie Rousset a créé une lecture-spectacle d'une grande intelligence. Respectant à la lettre le récit, elle l'a découpé pour mettre en scène trois personnages : Madame Aubain, l'observateur, et Félicité, qu'elle joue elle-même.
Grâce au jeu remarquablement précis et nuancé des deux comédiennes, le récit devient un dialogue tout en préservant le cloisonnement social qui sépare la maîtresse bourgeoise de la servante fidèle et simple.
On peut discuter du bien-fondé de la vidéo pour les interventions de l'observateur, concession à notre époque. Pourtant, elle apporte un décalage, une distanciation au personnage qui illustre la précision scientifique et la froideur clinique du praticien des mots que se voulait Flaubert.
En tout cas, cette « Autopsie d'un coeur simple » est une réussite. Elle met à la portée de tous, et on pense en particulier aux collégiens et lycéens, ce texte sans doute le plus achevé de Flaubert et de son style. « Un style qui vous entrerait dans l'idée comme un coup de stylet »
Mitzy Gerber. Vaucluse-Matin. 4 février 2000.
Un conte à trois voix
La langue de Gustave Flaubert se prête particulièrement à la diction. Deux comédiennes se sont livrées au jeu par leur lecture-spectacle intitulée « Autopsie d'un coeur simple ». Étonnante prestation au collège Boudon.
C'est un décor minimaliste dont on pourrait dresser la liste exhaustive : deux sièges, deux petites tables, un compotier, quelques pommes, un panier, quelques objets (...)
« Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité ». Dès ces premiers mots, la dramaturgie s'installe. Deux femmes se font face dont l'une possède l'ascendant sur l'autre, la maîtresse et la soumise.(...)
Les comédiennes s'installent dans leurs rôles, dans une mise en scène de Annie Rousset, au sein de laquelle intervient un observateur par écran vidéo interposé, dont la blouse blanche et le décor à l'arrière, laissent penser à un froid décorticateur, celui qui va pratiquer l'autopsie du texte.
II faut se souvenir ici du « gueuloir » de Flaubert.(...) Il affectionnait particulièrement la mise en bouche de ses mots, dans le simple dessein de leur harmonieuse sonorité. Par conséquent, ses écrits lus, ne peuvent que bien résonner à nos oreilles.
La lecture-spectacle de ce texte intitulé « Un coeur simple » tiré du recueil « Trois contes » , dernière Ïuvre publiée de son vivant en 1877, a été présentée en deux séances à quatre classes de troisième du collège Boudon, qui l'étudient actuellement. Chaque représentation accueillant une soixantaine d'élèves, s'est déroulée dans un silence respectueux de la beauté précise et ciselée des phrases et l'exactitude de la langue de Flaubert.
À bout de souffle.
Lorsqu'il écrit ces trois contes dont « Un coeur simple » fait partie, Gustave Flaubert est au beau milieu de la rédaction épuisante de « Bouvard et Pécuchet ». Il a déjà accumulé des milliers de pages de notes, et autant d'ouvrages pour se documenter. C'est une période placée sous le signe du malheur: depuis plusieurs années, il collectionne les échecs littéraires publics, doute sur le manuscrit en cours, et surtout à 54 ans, s'inquiète de sa santé.
On pourrait placer l'amertume des destins parallèles de ces deux femmes Mme Aubain et Félicité, dans le cadre plus large de sa vie. Ce fils de chirurgien dissèque les mÏurs et les vies ou les destinées, plus facilement qu'un simple romancier.
« Je dissèque sans cesse, cela m'amuse » écrivait le Flaubert de 17 ans. Il continuait ainsi : « Je me suis toujours efforcé d'aller dans l'âme des choses ». (...)
Deux destins parallèles.
La lecture .de ce texte se déroule en toute simplicité, à la façon d'un hommage à la limpidité de la langue de Flaubert. Dans sa correspondance, il notait « à force de chercher, je trouve l'expression juste, qui était la seule et qui est, en même temps, l'harmonieuse ».
Bien sûr, ces deux femmes si différentes, - l'une est la maîtresse, l'autre la servante dévouée - ont un destin semblable tourné vers le malheur, malgré leurs différences culturelles et sociales. (...)
Cependant et sans jamais avouer l'admiration qu'elles se vouent, elles partagent les mêmes douleurs d'un amour trop vite disparu, de la séparation et de la disparition, d'un enfant ou d'un neveu.(...)
Victor, le neveu de Félicité qui s'était engagé au long cours, est mort à La Havane, en Amérique. Quand on va lui confier un perroquet venu des îles, elle le choiera comme un symbole. (...)
Dans la mise en scène d'Annie Rousset, ce superbe texte revit magnifiquement . (...)
Le coeur simple de l'histoire a passé sa vie à la gâcher sans jamais rencontrer ne serait- ce que l'ombre d'un bonheur. Une vie perdue à tenter de la gagner. Et Félicité vit ainsi la mort de sa maîtresse : « Que Madame mourut avant elle, cela troublait ses idées, lui semblait contraire à l'ordre des choses, inadmissible et monstrueux ».
Ce fabuleux spectacle-lecture qui se joue actuellement en France et à l'étranger, sera présenté dans le cadre du prochain festival off d'Avignon à la médiathèque Ceccano.
Hervé Perrier. Vaucluse-Matin. 17 mars 2000.
Le texte d'Un Coeur simple
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